Les avis sur ces différents marchés sont divergents. Des quatre grands pays, c’est l’Inde qui apparait favorite, quoique avec un petit bémol.

Chine, la consolidation technique devrait se poursuivre

Le marché boursier chinois connait une correction depuis quelques semaines. L’indice composite de Shanghai a perdu 20,32% sur un mois.
« Tout le monde pensait que nous étions dans une bulle sur ce marché. Cette bulle avait inévitablement vocation à éclater. Toutefois, personne ne savait à quel moment et avec quelle ampleur ». Le PE du marché de Shanghai tournerait autour de 20 en trading et autour de 18 en forward. « Ce PE est calculé de manière pondéré par la capitalisation boursière des différentes valeurs. Un PE équipondéré ressort à 144%. Un PE médian s’établit à environ 65 » remarque l’expert de BNPP IP.

L’élément déclencheur de cette phase de consolidation est difficilement identifiable, considère Patrick Monge. « Les commentateurs ont mis en avant la restriction décidée par les autorités sur les appels de marge. Cependant la baisse a débuté trois jours après l’annonce de cette information ».
A priori l’origine de ce mouvement ne serait pas macroéconomique. «Le consensus table sur un pic du ralentissement économique de la Chine ce trimestre voir le trimestre prochain. Un redressement est escompté sur le reste de l'année. L’inflation chinoise reste très faible et offre ainsi une marge de manœuvre à la Banque centrale pour agir».

Le marché boursier chinois est essentiellement retail. Or, les investisseurs chinois sont très chartistes. C’est ce qui pourrait expliquer les ventes massives et justifier par ailleurs le surcroit de volatilité sur le marché. «Un gap de 10% dans une journée peut être constaté entre un plus bas et un plus haut. La volatilité globale est passée de 35% à 70%».

Selon Patrick Monge, la correction devrait continuer car le levier utilisé pour prendre des positions a été important. « Il faut continuer à vendre pour satisfaire les appels de marge ». La baisse est tellement technique qu’il est quasiment impossible de dire précisément jusqu’où elle pourrait aller.
Néanmoins, les autorités auront certainement à coeur de prendre les mesures nécessaires pour apporter un soutien. Déjà la Banque centrale de Chine est massivement intervenue ce début de semaine. Par ailleurs les couts de transaction ont été amoindris. « Il faudra du temps pour que l’accalmie revienne durablement. Je ne conseillerais pas de se porter acheteur des actions chinoises cotées en local pour le moment ».

L’Inde pourrait souffrir de la lenteur de ses réformes

« Jusqu’ici le marché indien a surtout été porté par la spéculation sur les réformes. Les fondamentaux ne sont pas trop porteurs » relève Patrick Monge. En particulier, l’inflation a baissé mais reste résiliente. Le déficit courant s’est réduit mais n’est pas négligeable. Le déficit fiscal est difficile à diminuer.

Ceci étant, l’implémentation des réformes tarde un peu. Deux d’entre elles sont particulièrement attendues : la taxe sur la valeur ajoutée sur les services censée permettre de réduire la fraude fiscale et la réforme foncière censée faciliter la privatisation de projets d’infrastructures. « Il y a aujourd’hui une certaine impatience affichée par les investisseurs. Si le marché devient trop cher et qu’il n’y a aucun signe de début de mise en œuvre de ces réformes, nous pourrions avoir une correction sur le marché indien » met en garde le stratégiste de BNPP IP.

Pour l’instant l’espoir demeure et l’expansion des multiples parait justifiée. « Le premier ministre a montré à maintes reprises qu’il voulait du changement. Il a délégué plus de pouvoirs au niveau local pour accélérer l’implémentation des réformes. La réforme sur les subventions sur le pétrole a été perçue comme extrêmement positive».

Le Brésil pourrait être affecté par un évincement de son ministre des finances

« Un tournant dans la politique monétaire, une meilleure avancée dans la consolidation budgétaire, l’amélioration du momentum conjoncturel pourraient m’amener à être plus positifs sur un positionnement sur le marché boursier brésilien à partir du troisième-quatrième trimestre. Pour l’instant je recommande une exposition au segment obligataire. Les taux réels se situent à 5% » signale Patrick Monge.

Un relatif optimisme est affiché par le stratégiste s’agissant de la stabilisation du réal brésilien contre le dollar à un niveau compris entre 3.10 et 3.15 et sur la capacité du gouvernement à effectivement diminuer le déficit budgétaire. « Le Brésil pourrait être perçu comme plus solvable auprès des agences de notation. Son rating pourrait ainsi être maintenu au niveau investment grade ».

Le principal risque identifié pour le pays résiderait dans l’évincement du ministre des finances Joaquim Levy du gouvernement. « Les mesures prises par ce dernier sont impopulaires : entre autres coupes dans les subventions, politique anti corruption. Théoriquement Dilma Roussef pourrait vouloir le remplacer pour des motifs d’ordre populaire. La politique d’assainissement des finances publiques menée perdrait énormément en crédibilité».

La Russie devrait continuer à pâtir du risque géopolitique

La Russie a enregistré la meilleure performance en dollar au sein des marchés émergents sur les six derniers mois. « Le rebondissement a plusieurs explications. En premier lieu, la faiblesse des valorisations. Le PE du marché était à la cave » note Patrick Monge. Par ailleurs, la stabilisation du cours du pétrole a également aidé. Enfin, la Banque centrale a abaissé ses taux.

Malgré des fondamentaux qui peuvent tenir la route- une sortie de récession envisagée pour 2016, une balance courante positive, des déficits plutôt bien maitrisés, peu de dette - le marché reste risqué du fait de considérations politiques difficiles à cerner. Pour cela, l’allocation sur la Russie a été beaucoup réduite dans la poche des marchés émergents et la souspondération sur un plan purement stratégique devrait persister.