Indéniablement, nous nous trouvons actuellement face à une désynchronisation du cycle mondial, avec d’un côté les pays développés qui connaissent une certaine reprise et de l’autre les pays émergents qui souffrent d’un certain ralentissement dans un contexte de forte décélération du commerce international, reconnait Pascal Blanqué.

Vers un règlement du problème chinois

De toute évidence, à partir des éléments d’information disponibles, le dossier chinois devrait finir par être réglé dans les semaines à venir.

Pour Pascal Blanqué, l’intervention de la Banque centrale de Chine sur le yuan cet été, qui a entrainé un regain de crainte de la part des investisseur sur l’état de santé du pays, et un excès de volatilité sur les marchés financier, était amplement justifiée.

« La multiplicité des programmes de quantitative easing dans les pays développés, d’abord aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, puis au Japon et enfin dans la zone euro a conduit à des ajustements de change au niveau du dollar, de la livre, du yen, de l’euro qui ont déclenché des ajustements de devises émergentes. Ainsi, au-delà du fait de favoriser l’intégration du yuan dans le panier des monnaies qui définissent la valeur du DTS au sein du FMI, l’intervention de la Banque centrale de Chine a également été motivée par une appréciation significative en terme effectif réel, de 25% ».

En touchant au taux de change, l’impression a été donnée au marché de vouloir revenir à un modèle économique centré sur les exportations à un moment où des doutes existaient au sujet du rééquilibrage de l’économie chinoise par le biais de réformes structurelles visant à avoir des moteurs plus autonomes par rapport au contexte international. C’est ce qui a provoqué l’intensification de l’inquiétude des investisseurs, en plus de la publication de différentes statistiques économiques décevantes et de l’effondrement du marché local des actions chinoises, admet Pascal Blanqué.

Pour autant, selon ce dernier, la Chine dispose des moyens requis pour redresser sa situation. Il est très plausible qu’une des conséquences au stimulus apporté soit un accroissement de la dette dans le pays, mais ceci ne devrait pas constituer une source de préoccupation exacerbée, estime le directeur des investissements d'Amundi. « Trois raisons à cela. En premier lieu, il n’est pas anormal de voir progresser le niveau de dette d’un pays dans une phase de rattrapage. Ensuite, tant qu’il y a la capacité d’assurer le service de la dette et qu’il y a une banque centrale présente pour assurer la liquidité du dispositif, la limite n’est pas encore franchie. Enfin, il faut remettre la dette de la Chine dans son contexte, par rapport au taux d’épargne domestique très élevé, au taux de croissance encore correct, et à la structure de la détention de la dette très domestique ».

Le recours à une dévaluation plus importante du yuan qui contribuerait à alimenter une quelconque guerre des changes est exclu, pressent Pascal Blanqué. « La Chine veut poursuivre l’internationalisation de sa devise ce qui suppose le déploiement d’une politique transparente, saine, stable qui empêche une volatilité baissière. Cet impératif d’internationalisation fait office de force de rappel et constitue donc une ferme limite à la manipulation du change».

Une nouvelle visite de la carte émergente en 2016

Le concept de « global émergent » a volé en éclat en 2013 après l’évocation par l’ancien président de la Fed, Ben Bernanke, de la volonté de la Banque centrale américaine de débuter la normalisation de sa politique monétaire, rappelle Pascal Blanqué.
« Les investisseurs n’ont plus voulu être investis sur un concept unique, générique, quelque soit sa dénomination, BRICS (en référence au Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) ou autre, en raison de son absence de pertinence ».

Le rééquilibrage de l’allocation d’actifs dans les portefeuilles globaux s’est intensifié cette année du fait du bruit autour de la Chine.

« 2016 devrait laisser place à plus de discrimination, dès lors que nous devrions avoir plus de clarté sur la direction que souhaite prendre la Fed et sur la variation des prix des matières premières ». L’équipe de gestion de Pascal Blanqué table sur une stabilisation des cours. « Le baril de pétrole devrait persister à naviguer autour des niveaux actuels » précise ce dernier.

Un retour de flux devrait donc se faire plus amplement l’année prochaine vers la sphère émergente sur la base d’une sélection très minutieuse. La question majeure soulevée étant de savoir si la rémunération offerte par l’actif (action ou obligation) est suffisante eu égard au risque d’une dépréciation supplémentaire de la devise.

Ce risque de dépréciation supplémentaire sera alors apprécié au regard du niveau du déficit courant, de la manière dont celui-ci est financé, de la tendance haussière ou baissière dans laquelle s’inscrit la devise, de la marge de manœuvre qui existe dans le policy mix, du nouveau potentiel de croissance qui peut en découler, du degré de leadership politique observé.

L'éventualité d'un quatrième quantitative easing de la Fed ?

Les secousses intervenues sur les devises des pays émergents a conduit à un phénomène assez exceptionnel. « La sphère émergente a été vendeuse nette d’obligations souveraines américaines sur le trimestre écoulé, pour la première fois, depuis plus d’une dizaine d’années » avance Pascal Blanqué.

Cette constatation pousse le responsable d’Amundi à mettre en garde sur un suivi étroit du marché des obligations souveraines américaines. Jusqu’ici les taux longs américains n’ont pas excessivement remonté car le recul de la demande publique a été dans une large mesure compensé par une vigueur de la demande privée dans les pays développés.

« Si l’appétit des investisseurs privés pour les obligations souveraines américaines diminuait drastiquement et que la détention de « treasuries » par les banques centrales des pays émergents continuait à baisser, la Fed pourrait non seulement maintenir le statu quo sur ses taux directeurs, mais aussi envisager le lancement d’un quatrième programme de quantitative easing en plus du réinvestissement sur des maturités plus longues des coupons arrivés à maturité en 2016 (soit plus de 250 milliards de dollars) » alerte alors Pascal Blanqué.