Le constat dressé est celui de la persévérance d'un essoufflement de la conjoncture économique mondiale que les grandes banques centrales ne parviendront pas à gérer en dépit de la multiplicité de leurs mesures de soutien. 

Cet épuisement de la dynamique économique mondiale sera en grande partie la conséquence de l'évolution de la situation aux Etats-Unis et en Chine. 

Une perte de vitesse de l'économie américaine est singulièrement perceptible au regard de deux grandes composantes du PIB américain : l’investissement et la consommation, admet Didier Saint-Georges.
Un déclin imminent du cycle des investissements est en cours outre Atlantique, assure ce dernier.  Quatre principaux éléments sont mis en avant pour justifier ce postulat. En premier lieu, les marges des entreprises américaines sont en baisse. « Nous n’avons jamais vu un cycle des investissements rebondir lorsque les marges des entreprises connaissent une contraction » soutient Didier Saint-Georges. Par ailleurs, les nouvelles commandes à l’industrie américaine sont en diminution. Une chute de l’utilisation des capacités de production est également observée dans le pays. Enfin, un fléchissement important de l’activité peut être constaté dans la construction.
Du coté de la consommation, un retournement est également proche, déclare le responsable de Carmignac. Quatre arguments ont de nouveau été étayés pour fonder cette prévision. Tout d'abord, le rythme de croissance des prix immobiliers s’est considérable amoindri. L’effet richesse procuré par la possession d’actifs immobiliers est de ce fait de plus faible ampleur. En outre, une relative hausse des prix a touché les biens non discrétionnaires, neutralisant les effets positifs issus de la réduction du prix du pétrole et égratignant de ce fait un peu plus le pouvoir d’achat des particuliers américains. De surcroit, un certain relâchement du redressement  sur le marché de l’emploi serait en oeuvre. Enfin, l’indice de confiance des consommateurs a commencé à se dégrader ces derniers jours.

La décélération de la croissance aux Etats-Unis se retrouve d’ores et déjà au niveau microéconomique, indique Didier Saint-Georges. « Nous avons eu, à ce stade, un tiers des publications des chiffres du troisième trimestre pour les entreprises composant l’indice S&P 500. Si globalement les chiffres annoncés sont quelque peu supérieurs, ou en ligne avec les anticipations, il est intéressant de remarquer la régression sur un an glissant. Par rapport au troisième trimestre 2014, les résultats et les chiffres d’affaires sont en diminution de 3%. Il y a un an, les résultats étaient en augmentation de 9% et les chiffres d’affaires de 4% par rapport à 2013. Un véritable changement peut donc être acté». 
Aujourd’hui, le marché sous estime largement le phénomène de ralentissement de la conjoncture aux Etats-Unis, estime le responsable de Carmignac Gestion. Nous ne serions donc pas à l’abri d’une déception sur ce point.

« La brutale décélération de l’activité dans le secteur manufacturier chinois constitue davantage un problème pour le reste du monde que pour la Chine », assure Didier Saint-Georges. Celle-ci a pour répercussions un fort engourdissement du commerce international et un puissant recul des cours des matières premières et en cela la diffusion d’une pression déflationniste de grande envergure. Toutefois, l’économie de la Chine jouit, intra muros, d’un énorme phénomène de ciseau entre d’un coté les composantes services et consommation intérieure qui prennent de plus en plus d’ampleur et de l’autre coté les composantes industrie lourde et exportations qui cèdent de plus en plus de terrain.

Pour l’instant l’économie de la zone euro a l’air de résister aux forces négatives qui émanent des Etats-Unis et de la Chine mais le risque de contagion  est incontestable.
Il est déjà palpable en Allemagne, affirme Didier Saint-Georges. «Alors que l’indice IFO établi à partir d’une enquête menée auprès des entreprises continue à être bien orienté, tel n’est plus le cas de l’indice Zew réalisé à partir des vues d’économistes. Or historiquement une corrélation étroite existe entre les deux indices et l’indice Zew constitue un indice précurseur de l’indice IFO. En conséquence le repli apparu au niveau du premier devrait se répercuter sur le second.

Le quantitative easing de la BCE ne devrait pas être d’un grand secours

Non seulement le ralentissement économique devrait finir par rattraper la zone euro, mais qui plus est la BCE ne devrait pas pouvoir faire grand chose pour y remédier, présage Didier Saint-Georges.

« Les multiples programmes de quantative easing déployés par la Réserve fédérale américaine n’ont été qu’un frêle appui pour les profits opérationnels des entreprises américaines. Ensuite et surtout, le « quantitative easing » de la BCE s’inscrit dans une configuration très différente de celle des « quantative easing » lancés par la Fed» explique Didier Saint-Georges.
Plus précisément, la liquidité injectée par la Banque centrale américaine était amplifiée dans le système par celle administrée par les banques centrales des pays émergents. «Le surplus de capitaux disponibles était investi à la fois dans les actifs des pays émergents et dans les matières premières et alimentait une accumulation des réserves de change des banques centrales des pays émergents ».

La mise à mal de l’expansion américaine, associée à un début de normalisation de la politique monétaire de la Fed, combinée avec un alanguissement de la croissance en Chine ont entrainé un fort dégonflement des prix dans le compartiment des actifs émergents et dans celui des matières premières.

La pompe à liquidité qui existait dans la sphère émergente s’est ainsi désamorcée et a contrebalancé l’assouplissement quantitatif en œuvre dans d’autres endroits du monde, comme la zone euro et le Japon. « Les tensions vécues au mois d’août ont été un premier symptôme de ce syndrome» certifie Didier Saint-Georges.

Le marché devrait persévérer dans cette prise de conscience de l'amenuisement de la liquidité au niveau global. De moins en moins de crédit devrait ainsi être donné aux « bonnes nouvelles » annoncées par la BCE, la BoJ ou même la Fed.

In fine, ce diagnostic conduit l’équipe de gestion de Carmignac à avoir une faible exposition aux actifs risqués, à mettre l’accent sur une gestion tactique du risque, à se positionner massivement sur les titres d’Etat (notamment les obligations souveraines américaines), et à limiter le risque de change.
Au sein des actions, la thématique croissance est clairement préférée à la thématique cyclique.