« Plusieurs travaux ont déjà été publiés sur la question de la dégradation de la liquidité sur les marchés financiers et sur les risques que celle-ci engendrait, que ce soit par le Fonds monétaire international, la Banque des règlements internationaux, ou encore la société Pricewaterhouse Coopers. La situation nous a paru suffisamment envenimée pour que nous tirions à notre tour la sonnette d’alarme » a commenté Stéphane Giordano, président de l’AMAFI.

Des signes notables de la dégradation de la liquidité


La notion de liquidité est complexe. Pour la schématiser, elle peut se concevoir comme la capacité des acheteurs et des vendeurs d’acquérir ou de céder une position sur les marchés dans un délai raisonnable sans un impact trop important sur le prix de l’actif.

La dégradation de cette liquidité est associée à la survenance de variations erratiques dans un ou plusieurs compartiments spécifiques des marchés financiers sans qu’il y ait de véritables raisons explicatives de ces mouvements. Ainsi le 24 aout dernier, des corrections de grande ampleur, d’environ 8%, ont pu être constatées en séance sur certains grands indices boursiers alors qu’il n’y avait pas eu de nouvelle information financière de nature à intensifier la méfiance des opérateurs de marché. Les facteurs déclencheurs des violentes fluctuations qui ont eu lieu ont résidé dans le fort ralentissement de la croissance chinoise qui était palpable depuis un moment et dans la réaffirmation de la volonté de la Fed, exprimée depuis plusieurs trimestres, de remonter ses taux directeurs. « La volatilité implicite sur le marché des options a atteint ce jour là un plus haut niveau, comparable à celui d’aout 2011, lorsque la perception du risque de défaut de la Grèce était à son paroxysme. Par ailleurs la volatilité de la volatilité implicite, qui mesure la difficulté de se couvrir contre le risque futur de volatilité, a touché un record sans précédent » précise Stéphane Giordano.

Un enjeu de taille

L’état du marché est jugé « préoccupant ». Il soulève un risque de crise systémique et empêche la bonne avancée des réformes nécessaires à la mise en place d’une union des marchés des capitaux en Europe, élément clé du financement de l’économie réelle par le marché et d'une relance durable de la croissance dans la région. « Les causes à l’origine de la dégradation de la liquidité sont dynamiques. Elles ont un poids bien plus lourds aujourd’hui, et n’ont probablement pas encore atteint leur apogée » prévient Stéphane Giordano.

Agir du coté de l’offre et de la demande

Les solutions proposées concernent à la fois l’offre et la demande de liquidité. Des ajustements sont préconisés au niveau de la réglementation prudentielle. Celle-ci est venue à la fois contraindre le champ d’action des offreurs de liquidité, notamment des teneurs de marché, et lier les mains des demandeurs de liquidité, singulièrement les compagnies d’assurance, qui ne sont plus en mesure de détenir autant qu’avant des titres de créance de longue maturité jusqu’à leur échéance.

« Il ne s’agit pas de revenir sur les principes même régissant la réglementation prudentielle. Cependant des dérogations pourraient être apportées dans des circonstances précises, par exemple lorsqu’il s’agit de participer au financement d’ETI et de PME » énonce Stéphane Giordano.

«L’idée est également de redoubler de vigilance dans le cadre de l’édiction des nouvelles normes. En cela, une étude d’impact serait nécessaire à entreprendre pour jauger la manière dont ces normes pourraient participer à une dégradation supplémentaire de la liquidité, et pour concevoir le cas échéant des moyens de compenser cette dégradation en agissant sur un autre aspect de l’offre, ou en intervenant sur un volet de la demande » signale le président de l’AMAFI.

En ce qui concerne la demande stricto sensu, est préconisée l’existence davantage d’investisseurs de long terme pour réduire la frénésie de la recherche de liquidité. Une manière d’y parvenir serait d’étaler dans le temps la valeur liquidative des OPCVM ou encore de revoir les règles comptables auxquelles sont assujetties certaines institutions.

Une autre voie évoquée dans l’étude de l’AMAFI est celle de faire des hedge funds et autre fonds de gestion alternative des apporteurs marginaux de liquidité. « Ces derniers peuvent être amenés à disposer de liquidités bloquées sur une durée assez longue sans obligation de valorisation quotidienne. Ils ne sont toutefois pas suffisamment équipés pour jouer un rôle comparable à celui qu’avaient les banques avant d’être confrontées à un durcissement réglementaire » précise Stéphane Giordano. En particulier, ils n’ont pas de relations commerciales régulières avec les demandeurs de liquidité.

L’électronisation des échanges est une autre direction empruntable pour concourir au rétablissement de la liquidité manquante sur les marchés, à l’instar de ce que l’on peut percevoir outre Atlantique. Néanmoins, les démarches allant dans ce sens sur le Vieux continent n’en sont encore qu’à un stade embryonnaire. Le retard pris par rapport aux Etats-Unis est encore loin d'être comblé.

« Nous souhaitons saisir l’occasion de pouvoir répondre à la consultation lancée par la Commission européenne sur les mesures à prendre pour libérer les investissements dans l’UE et créer un marché unique des capitaux pour appuyer nos propositions ».

A noter que selon l’AMAFI, les grandes banques centrales, qui sont en partie responsables de cette situation de détérioration de la liquidité sur les marchés financiers ont également un rôle à jouer. Les actions de ces banques centrales ont poussé les investisseurs à s’orienter vers des actifs plus risqués, donc moins liquides, pour obtenir plus de rendement, tout en incitant les quelques teneurs de marché qui demeurent à se positionner sur des actifs plus liquides, renforçant de facto l’inadéquation entre offre et demande de liquidité. Aucune recommandation n'a en revanche été formulée par l'Association sur ce dernier point.