L’Espagne a décidément bien du mal à contenir les velléités d’indépendance de ses régions. Ce lundi, le Parlement catalan a adopté une résolution solennelle visant à lancer « le processus de création de l’Etat catalan indépendant ». Le texte, rédigé conjointement par l’ample coalition indépendantiste Junts pel si (« ensemble pour le oui ») et le petit parti anticapitaliste, europhobe et séparatiste CUP, a été adopté par 72 voix contre 63. Il se veut la traduction de la victoire des indépendantistes lors des élections régionales du 27 septembre dernier.

Le texte invite la Chambre à commencer « l’adoption des lois du processus constituant, de Sécurité sociale et de Trésor public », afin de transférer ces compétences à la région et d’aboutir à la « déconnexion » de la Catalogne du reste de l’Espagne d’ici 18 mois environ. Les communautés espagnoles disposent déjà d’une large autonomie mais la crise a fait ressurgir les revendications indépendantistes, notamment en Catalogne et en Andalousie. Leurs motivations sont essentiellement financières, les indépendantistes voulant s’extraire du principe de solidarité nationale qui grève le budget de leurs régions. Avec 16 % de la population, les Catalans produisent environ 20 % de la richesse du pays. Un quart des exportations espagnoles sont parties de Catalogne en 2014.

Mariano Rajoy met le holà

La réaction de Madrid ne s’est pas fait attendre. « Je viens de signer demande urgente de saisie du Conseil constitutionnel demandant l'anticonstitutionnalité » du vote du parlement catalan » a indiqué Mariano Rajoy. « Le gouvernement que je dirige n'est pas prêt à ce que cela (la volonté d'indépendance de la Catalogne) continue. Nous allons utiliser tous les mécanismes de l'état de droit pour le freiner. Tous les mécanismes de la loi », a-t-il précisé, ajoutant que « la souveraineté appartient à la nation tout entière. »

De son côté le président du Parlement catalan Artur Mas estime avoir reçu un «mandat démocratique clair» lors des élections du 27 septembre et vouloir poursuivre le processus d'indépendance. Tout en appelant Madrid au « dialogue » et à une solution « négociée », il évoque le futur état catalan : « La future République catalane sera semblable à l’Autriche et au Danemark en termes de taille, de population et de PIB. Elle constituera un partenaire fiable et responsable pour construire une Europe plus solide, plus unie et plus sûre. Le mouvement national catalan a toujours été profondément attaché au projet européen. Nous sommes également de fervents défenseurs du marché libre, et notre économie est déjà intégrée dans celles de l’UE et de la zone euro ». Orc'est là que le bât blesse. Interrogée sur l'intégration éventuelle de la Catalogne dans l'Union européenne, la Commission a indiqué qu'elle ne serait pas automatique. Autrement dit le pays devrait faire une demande d'adhésion et se passer pendant un certain temps des bénéfices du marché commun.