Alors que les bourses européennes et américaines viennent d’effacer en quelques jours une partie de leurs gains depuis le début de l’année, conséquence de la baisse des cours du pétrole, la banque Pictet livrait vendredi ses perspectives de marché pour l’année 2016. Celles-ci s’avèrent prudentes compte tenu du ralentissement en cours de l’économie mondiale et malgré l’abondance de liquidités issues des politiques monétaires des grandes banques centrales.

« En l’absence de momentum économique et de retournement des prévisions de profits, il paraît improbable d’assister à une expansion des valorisations des marchés actions dans les économies développées, celles-ci évoluant en zone d’excès », avertit ainsi Christophe Donay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macroéconomique de l’établissement.

Aux Etats-Unis, après deux trimestres de baisse des bénéfices par action, les analystes ne tablent plus désormais que sur une hausse de 0,1% des profits du S&P 500 sur l’ensemble de l’année 2015. Quant aux chiffres d’affaires ils sont attendus en baisse d’environ 4%. « Normalement on n’observe ce genre de baisse que lors de récessions. Or nous ne sommes pas en récession. La croissance américaine devrait se situer autour de 2,5% en 2015 et rester proche de ce niveau en 2016 », souligne Christophe Donay. Selon lui, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse des profits. La première réside dans la chute du pétrole qui fait fondre les marges majors pétrolières et parapétrolières et déstabilise tout le secteur du gaz de schiste. La seconde est liée à la hausse du dollar qui affecte les profits à l’étranger des sociétés américaines. Enfin, une troisième explication, plus fondamentale, est avancée par le stratège. « Nous assistons depuis quelques années à un choc d’innovation qui bouleverse les business models traditionnels - ce qu’on appelle l’ ‘ubérisation de l’économie’. Pour l’instant ce choc détruit plus de valeur qu’il n’en crée, mais à terme il soutiendra la croissance notamment dans les secteurs du transport, de l’énergie, des sciences de la vie », indique-t-il. A court terme, ce choc profite surtout aux valeurs technologiques américaines dont Christophe Donay fait l’un de ses thèmes d’investissement favoris pour 2016.

Et l’Europe dans tout ça ? Après un net rebond des bénéfices en 2015 (les analystes tablent sur une hausse de 12% en moyenne dans la zone euro), les perspectives sont plus mitigées. Les résultats du troisième trimestre 2015 montrent un tassement de la dynamique des profits qui pourrait freiner la hausse des indices en 2016. Cependant « la croissance européenne devrait continuer à s’accélérer, avec la reprise de l’emploi et du crédit. Il est possible que l’Europe soit la bonne surprise de 2016 », avance Christophe Donay. « Nous préférons les actions européennes aux actions américaines même si les valorisations tendues limitent le potentiel de hausse dans les deux cas », ajoute-t-il. Pictet mise ainsi sur une rentabilité moyenne de 5%, hors dividendes, sur les marchés actions des pays développés. Dans la zone euro il reste des points d’entrée intéressants sur les valeurs bancaires et cycliques qui pourraient profiter d’une accélération de la reprise et du retour d’une faible inflation en deuxième partie d’année.