Si elle n'a pas provoqué de séisme sur les marchés financiers, l'élection de Donald Trump sera source de volatilité et pourrait peser sur les actifs risqués, notamment les actions, juge la plupart des analystes. « Le monde qui n’allait pas bien devient encore plus risqué et c’est un signal négatif pour l’ensemble des actifs risqués", estime Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management.

Pour Allianz Global Investors, les marchés américains devraient entrer dans une phase d’aversion au risque, caractérisée par une volatilité accrue et une demande soutenue pour l’or et les Bons du Trésor. "Les investisseurs seraient quant à eux bien avisés de ne pas prendre de décisions de long terme au cours des jours à venir, durant lesquels les marchés devront encore digérer ces résultats" prévient le gestionnaire.

Stefan Kreuzkamp, CIO Deutsche Asset Management, invite cependant les investisseurs à "garder leurs nerfs". "N’oublions pas que l’une des particularités de la campagne de Trump a été de continuellement créer la surprise. Il est tout à fait possible qu’après cette élection, il surprenne les marchés dans un sens positif."

Certains comme Peter Hensman, stratégiste chez BNY Mellon IM, se montrent même optimistes : «A présent que les choses commencent à se tasser, la perspective d'une baisse du taux d'imposition des sociétés et de la réduction des impôts sur le revenu devrait être envisagée positivement et les marchés devraient chercher à mieux comprendre les projets de Trump pour augmenter significativement les dépenses d'infrastructure." Dans son programme économique Trump a mis l’accent sur la simplification de la fiscalité pour les ménages et les entreprises dans le but notamment de rapatrier les fonds détenus à l’étranger par les firmes américaines. Il prévoit également un plan de grands travaux d'infrastructures d'un montant de 500 milliards de dollars. "Ces mesures seraient équivalentes à un large plan de relance en faveur des entreprises" souligne Axa IM.

Menaces sur les traités

Cependant de nombreux analystes s'inquiètent des intentions de M. Trump en matière de politique étrangère et commerciale. Le candidat républicain a en effet menacé de « déchirer » les principaux accords commerciaux des Etats-Unis et d’imposer des droits de douane très élevés aux produits chinois, parmi d'autres. Il veut également construire un mur le long du Rio Grande pour empêcher l'immigration illégale en provenance d'Amérique du Sud. « Le commerce international et la croissance mondiale sont désormais exposés à des risques", estime Léon Cornelissen, chef économiste de Robeco. "Reste à voir bien entendu quelles seront les conséquences de ce vote dans la pratique, mais l’on peut comprendre que les marchés soient très inquiets".

« C’est vraiment un saut dans l’inconnu car nous ne savons tout simplement pas quel type de président Trump sera », ajoutent les analystes de Capital Economics. « Continuera-t-il dans le prolongement de la campagne à être le démagogue qui a menacé de mettre en prison ses opposants politiques, de construire des murs sur les frontières et de commencer une guerre mondiale du commerce ? Ou deviendra-t-il un homme d’état capable de diriger de manière mesurée ? ». Pour l'heure les marchés semblent vouloir lui laisser le bénéfice du doute.