L'Italie peut-elle déclencher une nouvelle tempête sur les marchés financiers ? De nombreux analystes en sont convaincus. "En matière de mauvaises surprises, l’année n’est pas totalement terminée. Après le référendum anglais, c’est celui de l’Italie qui se profile désormais le 4 décembre", indique David Ganozzi, gérant de Fidelity Patrimoine, dans une note publiée lundi 28 novembre.

Dimanche, les Italiens doivent en effet se prononcer sur un projet de réforme constitutionnelle censé réduire les pouvoirs du Sénat et le nombre de sénateurs, et dégager des majorités gouvernementales plus stables. Mais les sondages placent pour l'heure le "Non" en tête et Matteo Renzi a toutes les peines du monde à convaincre ses concitoyens du bienfondé de sa réforme. "Si la réforme constitutionnelle est rejetée, cela pourrait pousser Matteo Renzi à la démission et à la convocation de nouvelles élections générales", explique Philippe Brossard, chef économiste de l'AG2R. "Le Mouvement 5 Etoiles, parti populiste et eurosceptique, pourrait alors emporter une majorité de sièges à la chambre des députés, et convoquer un nouveau referendum, cette fois sur l'appartenance du pays à la zone euro".

Pour David Ganozzi, une éventuelle victoire de M5S "aurait indéniablement des relents de Brexit et pèserait bien plus lourd sur les destinées européennes que la sortie de la Grande-Bretagne". Même si l'on n'en est pas là, les marchés ont appris à se méfier des "cygnes noirs", ces événements improbables auxquelles personne ne s'est préparé et qui finissent par arriver. L'inquiétude s'est traduite par le dérapage des taux d'emprunt du pays au cours des dernières semaines. Le "spread" (écart de taux) avec l'Allemagne est ainsi passé de 115 points de base (0,115%) fin août à plus de 180 points de base ces derniers jours, et ce, en dépit d'achats massifs d'obligations italiennes par la Banque centrale européenne.

Un risque exagéré? 

Autre signe de la nervosité des investisseurs, la bourse de Milan a perdu 20% depuis le début de l'année, là où l'Eurostoxx 50 affiche une baisse de 7,8%. Le secteur bancaire, qui suscite de vives inquiétudes en raison du poids des créances douteuses (360 milliards d'euros), a vu s'évaporer 50% de sa capitalisation boursière. La banque Monte dei Paschi di Sienna vient de faire adopter par ses actionnaires un plan de sauvetage "de la dernière chance" qui prévoit notamment une augmentation de capital de 5 milliards d'euros. Celle-ci pourrait être fortement compromise en cas de turbulences post-referendum sur les marchés.

Malgré l'accumulation des risques, une poignée de gérants de fonds parient sur un rebond des valeurs italiennes à court ou moyen terme. « L’humeur des investisseurs va changer pour un, deux, trois mois mais ce ne sera pas une catastrophe si le « non » l’emporte », a indiqué à l'agence Reuters Umberto Borghesi d’Albemarle Asset Management. Cette société basée à Londres a prévu de lancer mercredi un fonds d’investissement sur les valeurs décotées. « L’éclatement de la zone euro ou la débâcle du secteur bancaire constituent des risques trop grands pour les laisser arriver », estime pour sa part Gilles Guilbout, responsable de la stratégie actions d’AXA. Il prévoit au sein du secteur bancaire italien un mouvement de consolidation qui pourrait améliorer la rentabilité des établissements. Reste que dans une zone euro en proie à la montée du populisme, le referendum italien fait figure de véritable test. Si Matteo Renzi le "réformateur" sauve sa tête, l'appréciation du risque politique par les marchés pourrait changer assez nettement. Au moins jusqu'aux échéances électorales du printemps en France et en Allemagne.