Cette fois les sondages ne s'étaient pas trompés. Mais ils avaient sous-estimé l'ampleur de la claque pour Matteo Renzi. Les Italiens ont dit "Non" à près de 60% à la réforme constitutionnelle défendue par le chef du gouvernement, poussant ce dernier à la démission. «Mon expérience de chef de gouvernement s’arrête là», a déclaré M. Renzi dimanche soir lors d'une allocution télévisée, ajoutant qu'il remettrait ce lundi sa démission au président de la République, Sergio Mattarella.

Arrivé au pouvoir en février 2014, à 39 ans, Matteo Renzi a lancé de nombreuses réformes (marché du travail, justice, fiscalité…) dont les résultats tardent à se faire sentir : outre une croissance plus faible que chez ses principaux voisins, la troisième économie de la zone euro reste fragilisée par une importante dette bancaire héritée de la crise de 2008. Son départ ouvre une nouvelle période d'instabilité politique et peut-être aussi économique. En attendant la convocation de nouvelles élections législatives, qui n'auront pas lieu avant plusieurs mois, un gouvernement "technique" devrait être nommé. Plusieurs noms circulent, dont celui du ministre des Finances Pier Carlo Padoan, qui a d'ailleurs annulé sa participation à un Eurogroupe à Bruxelles pour rester à Rome.

Pas de panique sur les marchés

Ce nouveau gouvernement aura la lourde tâche de gérer le sauvetage de la banque italienne Monte Paschi di Siena qui doit encore trouver 4 milliards d’euro après un premier échange dette contre action conclut vendredi dernier. "La phase de recapitalisation qui devait permettre aux banques de retrouver des marges de manœuvre sera certainement perturbée. C'est ce point qui est le plus préoccupant car sans un système bancaire robuste on ne peut espérer une reprise durable de l'économie italienne", commente Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis. Selon lui la réaction mesurée des marchés ce lundi "a un côté rassurant (...) cependant l'histoire est loin d'être achevée".

Au-delà de la recapitalisation du secteur bancaire, les élections qui se profilent en 2017 suscitent également des inquiétudes car elles pourraient porter au pouvoir le Mouvement 5 Etoiles, parti populiste et europhobe né au lendemain de la crise financière. "Une éventuelle victoire de M5S, notoirement eurosceptique, aurait indéniablement des relents de Brexit et pèserait bien plus lourd sur les destinées européennes que la sortie de la Grande-Bretagne" indiquait la semaine dernière David Ganozzi, gérant de Fidelity Patrimoine.  

Pour l'heure, les investisseurs gardent leur calme malgré les incertitudes sur l'avenir politique du pays. La bourse de Milan ne cède plus que 0,7% lundi à la mi-journée, après avoir ouvert en baisse de 1,3%, tandis que le taux italien à 10 ans se stabilise autour de 2%. L'euro est repassé largement au-dessus des 1,06 dollar après être tombé en début d'échanges asiatiques à 1,0506 dollar, son niveau le plus faible depuis mi-mars 2015. Tous les regards se tournent désormais vers la BCE qui devrait annoncer jeudi une prolongation de son programme de rachats d'actifs (QE) et éventuellement une augmentation temporaire de ses rachats de dette italienne.