Très attendue après un enchaînement de chocs plus ou moins bien encaissés par les marchés (victoire de Donald Trump, défaite de Matteo Renzi, hausse du pétrole et du dollar), la Banque centrale européenne ne pouvait pas prendre le risque de décevoir ce jeudi. L'institution présidée par Mario Draghi a néanmoins surpris les investisseurs en annonçant une réduction de son programme de rachat d'actifs (QE) à compter du mois d'avril. 

"Les achats nets d’actifs devraient continuer à hauteur de 60 milliards d’euros par mois (contre 80 milliards actuellement, ndlr) à partir d’avril 2017 et jusque fin décembre 2017 ou au-delà, si nécessaire, et, en tout cas, jusqu’à ce que le Conseil des gouverneurs observe un ajustement durable de l’évolution de l’inflation conforme à son objectif", a indiqué la BCE dans son communiqué.

Lors de sa conférence de presse Mario Draghi a précisé qu'il ne fallait pas interpréter cette baisse comme un "tapering", autrement dit un retrait progressif des mesures "non conventionnelles" de la BCE. Au contraire, "la BCE restera présente sur les marchés pour une longue période", a-t-il indiqué. Pour prendre une métaphore médicale, le médecin reste au chevet de son malade, mais allège un peu le traitement, en attendant de voir comment évoluent les principaux indicateurs (en l'occurrence la croissance, l'inflation et les taux d'intérêt qui ont eu tendance à remonter ces dernières semaines). 

Par ailleurs, l'institution a assoupli les règles qu'elle s'était fixées pour ces rachats, en abaissant la maturité des titres éligibles de deux ans à un an et en se laissant la possibilité d'acquérir des titres dont le rendement serait inférieur à son taux de dépôt (-0,4%).

"Toutes les options restent ouvertes"

Ces mesures ont été plutôt bien accueillies par les investisseurs. "La BCE a bel et bien assoupli sa politique monétaire. Une mise en oeuvre plus lente mais prolongée signifie bien qu'en décembre 2017 et en 2018, (le programme d'achats d'obligations) pourrait être supérieur à ce que nous avions prévu", commente Peter Chatwell, stratège de la banque Mizuho.

Les analystes de l'Union bancaire Privée saluent quant à eux le pragmatisme de la banque centrale. "La BCE a annoncé la prolongation de son programme d’achat d’actifs jusqu’à la fin de 2017 mais avec un montant réduit à EUR 60 milliards à partir d’avril 2017. Les gouverneurs de la BCE sont néanmoins prêts à augmenter les montants et la durée si nécessaire. Toutes les options restent donc ouvertes". Ils ajoutent : "les politiques monétaires et budgétaires de la zone euro resteront clairement un soutien pour la croissance l’année prochaine".

Le CAC 40 a repris sa hausse suite à ces annonces. Vers 17h15 il s'adjuge 0,9% et s'achemine vers un nouveau plus haut annuel. Quant à l'euro, il recule à 1,0619 dollar contre 1,0720 hier soir.