On attendait une année mouvementée pour les devises émergentes. Les monnaies des pays industrialisés ont montré qu'elles n'étaient pas à l'abri des chocs. Après la chute de la livre sterling (-10%) dans la foulée du Brexit, c'est au tour de l'euro de se retrouver sous pression face au dollar. La monnaie unique est tombée jeudi en début d'après-midi à son plus faible niveau en 14 ans face au billet vert (1,0398 dollar). Vers 16h, un euro s'échange à 1,0431 dollar contre 1,0533 dollar mercredi soir et plus de 1,10 dollar tout début novembre.

"Les investisseurs qui s'attendaient à finir l'année dans le calme avant Noël ont été pris par surprise par la fermeté du message envoyé par la Fed (hier). La hausse des taux était amplement anticipée, mais l'agenda très déterminé établi pour 2017 permet au dollar d'atteindre des plus hauts en 14 ans", explique Lukman Otunuga, analyste chez FXTM, cité par l'AFP.

Face à la ré-accélération de l'économie américaine, la Réserve fédérale a relevé son principal taux directeur d'un quart de point et indiqué qu'elle prévoyait trois hausses supplémentaires en 2017. Ce cycle de hausse plus rapide que prévu entraîne l'appréciation de la monnaie américaine, qui devrait en outre bénéficier du programme de relance budgétaire promis par Donald Trump.

«Comme nous n’attendons pas de politiques fortes pour soutenir la conjoncture dans les autres zones développées, cela entraînera en conséquence un renchérissement du dollar dans la durée », souligne Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis, qui n'exclut pas que le dollar atteigne la parité de 1 pour 1 euro, voire passe au-dessus de ce seuil dans le courant de l'année 2017.
Cette évolution s'explique également par la divergence des politiques monétaires des deux côtés de l'Atlantique. Alors que la Fed relève ses taux, la BCE a, elle, promis de garder les siens au même niveau (proche de zéro) tout au long de l'année 2017 et même au-delà. L'écart de rémunération (taux d'intérêt) entre les deux monnaies aura donc tendance à se creuser l'année prochaine ce qui plaide pour une appréciation du dollar.