La banque centrale chinoise (PBOC) a fixé lundi à 6,9262 yuans pour un dollar le cours-pivot autour duquel le renminbi (autre nom du yuan) est autorisé à fluctuer face au billet vert. Cela représente une baisse de 0,87% de ce cours-pivot par rapport à vendredi, soit le plus fort abaissement journalier décidé par l'institution depuis juin. De quoi donner aux marchés une impression de montagnes russes : la PBOC avait relevé ce même taux-pivot de 0,92% vendredi, la plus forte hausse intervenue en un seul jour depuis 2005...

Le fait que la PBOC abaisse à nouveau le cours-pivot, cédant ainsi à la pression du marché, "montre simplement que tous ses efforts de la semaine dernière (pour faire remonter le cours dans les échanges) n'ont finalement servi à rien", indique Michael Every, analyste de Rabobank à Hong Kong, cité par l'AFP. "Beaucoup de gens s'attendent à ce que le yuan continue de sombrer. L'ajustement d'aujourd'hui ne fait que confirmer que l'affaiblissement va reprendre, très vite", ajoute-t-il.

Dollar fort

De fait, la banque centrale ne peut faire abstraction des intenses pressions du marché et de la défiance générale envers le yuan, qui évoluait récemment au plus bas depuis huit ans, tutoyant les 7 yuans pour un dollar. Cette baisse est liée au ralentissement de la croissance chinoise en 2016, mais aussi à l'élection surprise de Donald Trump aux Etats-Unis. Alors qu'il dénonce régulièrement le "dumping" monétaire de Pékin, le futur président a encouragé malgré lui la dépréciation du yuan en menaçant d'instaurer de nouvelles taxes sur les produits chinois. Son programme économique a également favorisé une appréciation du dollar face à l'ensemble des autres devises. Résultat : la Chine, comme d'autres pays émergents, doit faire face à des sorties de capitaux qui se réinvestissent principalement en dollars.

Bien qu'elle ait renforcé le contrôle des capitaux, la Chine a ainsi vu partir 690 milliards de dollars de capitaux sur les dix premiers mois de 2016 tandis que ses réserves de change ont fondu de 320 milliards, à un peu plus de 3000 milliards de dollars. Le relèvement de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) ne devrait rien arranger à l'affaire. Reste à savoir si Pékin cherchera à défendre la sa monnaie face à ces vents contraires, ou s'il la laissera au contraire se déprécier afin de redynamiser ses exportations. Pour les épargnants chinois, tout comme pour les partenaires commerciaux de la Chine dont les Etats-Unis, la première option est préférable.