Même s'ils démarrent l'année piano, les marchés actions devraient aller crescendo au cours des prochains mois à la faveur d'une hausse modérée des taux d'intérêt et de politiques budgétaires plus généreuses, ont indiqué les stratèges d'Amundi mardi lors d'une conférence destinée aux clients institutionnels du groupe et aux journalistes.

"L'année semble bien être une année charnière pour les marchés financiers", a affirmé Philippe Ithurbide, directeur de la recherche du groupe. Les négociations autour du Brexit, la Chine, les limites des politiques monétaires, les perspectives de changements d’orientation des politiques budgétaires et fiscales, le changement de leadership aux Etats-Unis et les élections à venir en Europe sont autant d'éléments nouveaux  plus ou moins bien intégrés par les marchés.

La principale inconnue reste néanmoins de savoir jusqu'où les taux d'intérêt peuvent remonter. "C'est la mère des batailles" car elle déterminera beaucoup de prises de décisions, a enchaîné le directeur des investissements Pascal Blanqué. Alors que l'élection de Donald Trump a provoqué une brusque remontée des taux fin 2016, Amundi ne voit pas ce mouvement se reproduire en 2017. Les "risques d'exécution" de la politique de Donald Trump sont en effet nombreux et son impact sur l'économie risque d'être plus modeste que ce qu'anticipent les marchés. "Nous ne misons pas sur une accélération du cycle (aux Etats-Unis, ndlr), ce qui veut dire qu'au-delà de 6 mois, miser sur un repli des taux longs semble raisonnable". Quant à l'économie européenne, les taux y sont maintenus durablement bas par la politique ultra-accommodante de la BCE.

Financières et cycliques ont toujours le vent en poupe


Malgré ces réserves Amundi garde une approche "risk on" en termes d'allocation d'actifs pour les six à neuf prochains mois. La remontée progressive des taux longs américains et la mise en œuvre, même partielle, d'une politique de relance outre-Atlantique devraient avoir un impact positif sur les marchés actions. En Europe les valeurs financières pourraient tirer leur épingle du jeu. "Selon le consensus IBES (Thomson Reuters, ndlr), les résultats des financières devraient rebondir de +16 % en 2017 dont +6 % pour l’assurance, +13 % pour les bancaires et +26 % pour les diversifiées. Ce rebond maintes fois annoncé pourrait s’avérer de nouveau prématuré. Il n’empêche qu’entre le coup d’arrêt à la baisse des taux d’intérêt qui semble se dessiner et l’espoir de parvenir à une solution pérenne concernant les problèmes spécifiques des banques italiennes et de la Deutsche Bank, il sera difficile de demeurer à l’écart du secteur au cours des prochains mois", précise Amundi. La reprise devrait également se faire sentir dans le secteur des matériaux de base, l’alimentation-boisson-tabac, l’IT et l’énergie. En revanche "l’immobilier, les télécom ou les utilities sans véritable dynamique bénéficiaire et vulnérables à la moindre tension sur les taux, devraient faire pâle figure sur la première partie de l’année".

Les risques politiques pourraient néanmoins remettre en cause cette hausse des actions ou du moins susciter des épisodes de forte volatilité. "Les négociations budgétaires entre la Maison blanche et le Congrès et/ou les négociations commerciales internationales pourraient prendre une tournure délicate. Le débat sur le Brexit et celui sur le Tapering de la BCE pourraient ressurgi", détaille le gestionnaire. Ce serait alors le signal d'une réduction de l'exposition aux marchés actions et d'un rééquilibrage des portefeuilles au profit des obligations souveraines et des actifs moins risqués.