Trois jours seulement après son arrivée à la tête de l'autorité chinoise de régulation bancaire, la CBRC, Guo Shuqing n'a pas mâché ses mots jeudi lors d'une conférence de presse.  Dénonçant le "chaos réglementaire" qui règne dans le secteur financier chinois, il a affirmé sa détermination à y mettre de l'ordre afin notamment d'endiguer la finance de l'ombre (shadow banking) qui menace le système tout entier.

 "Banques, fonds d'investissement, courtiers et assureurs sont tous à la tête d'actifs semblables, mais ils sont soumis à des règles distinctes et à des régulateurs différents: la CBRC, l'autorité des marchés financiers, celle du secteur de l'assurance. C'est le Far-west", a déploré Guo Shuqing.  Cette multiplicité de règles a créé des zones d'ombres et permis la prolifération d'acteurs non régulés proposant des microcrédits ou des prêts entre particuliers. Les banques elles-mêmes ont créé des produits à risque, présentées comme des solutions de gestion de patrimoine, mais qui sont gérés hors bilan. Ces produits représenteraient un encours de 4000 milliards de dollars. "La tendance générale est qu'il nous faut inclure dans le bilan ces affaires qui sont censées y être incluses. C'est la règle de base et la règle de prudence", a affirmé M. Guo. Il a également appelé les banques à "soutenir l'économie réelle" et à "s'attaquer aux sociétés zombies", en cessant de financer des groupes publics "mort-vivants", structurellement déficitaires.

Enfin, M. Guo s'est inquiété de la croissance des crédits immobiliers et de l'inflation des prix de la pierre, qui évoquent la formation d'une bulle immobilière. "Il faut strictement s'en tenir au principe consistant à acheter des appartements pour y habiter, et non pour spéculer", a-t-il martelé, sans toutefois proposer de mesures concrètes: "Je suis là depuis trois jours! Il faut que j'étudie la question".

Guo, 60 ans, a été gouverneur de plusieurs provinces chinoises mais il a également dirigé la China Construction Bank, l'une des principales banques du pays. C'est toutefois lors de son passage à la tête de de la Commission de réglementation boursière (CSRC), de 2011 à 2013, qu'il s'est fait remarquer en multipliant les directives visant à assainir les pratiques du marché boursier chinois. Il y a acquis une réputation de réformateur efficace et un surnom: "le tourbillon Guo".