Même s'il n'a pas provoqué le séisme financier annoncé, le Brexit inquiète de plus en plus les professionnels de l'investissement. C'est ce que révèle un sondage du CFA Institute publié mercredi alors que Londres vient de demander l'activation de l'article 50 des Traités en vue de sa sortie de l'Union européenne.

Les quelque 1500 répondants – gérants, analystes présents dans le monde entier- se sont exprimés sur les conséquences du Brexit et des autres risques politiques internationaux sur l'industrie de la gestion. A une large majorité (70%) ils s'attendent à une baisse des rendements sur les trois à cinq prochaines années à cause des incertitudes géopolitiques.

Les professionnels britanniques de l'investissement sont tout particulièrement inquiets : 70% estiment que le Brexit a fait chuter la compétitivité du marché britannique et que Londres est largement «perdante» face aux autres centres financiers internationaux : Francfort, Dublin, New York et Paris. Les trois-quarts du panel s'attendent en outre à une diminution de la présence d'entreprises étrangères au Royaume-Uni.  

Un autre risque cité par une majorité de répondants est celui d''effet domino'. 59% des répondants pensent ainsi qu'une sortie de l'Union européenne par d'autres pays est probable, soit une augmentation de 10% par rapport à un précédent sondage réalisé en juillet 2016. Plus d'un tiers (36%) table même sur un démantèlement de l'Union européenne, contre 21% il y a neuf mois.

Ces chiffres peuvent sembler alarmistes mais ils sont en phase avec d'autres sondages auprès des Européens. Selon une enquête du Pew Research Center publiée en juin dernier, l'euroscepticisme gagne du terrain, y compris dans des pays fondateurs de l'Union européenne comme la France, où le pourcentage d'opinion favorables à l'UE est passé de 69% il y a douze ans à 38% aujourd'hui.

Pas d'impact à court terme


Reste qu'en dépit des risques perçus, une grande partie des gérants de portefeuille (71%) n’a pas changé de stratégies depuis le vote sur le Brexit. « Le climat actuel d'incertitude politique a un impact indéniable sur les prévisions des professionnels de l'investissement en termes de performances. Ceci étant, il convient de garder à l'esprit que ce risque politique n'est nullement nouveau. À l'exception des vingt années postérieures à 1989 et à la chute du mur de Berlin, le risque politique a constitué une caractéristique constante des marchés financiers", commente Paul Smith, président du CFA Institute.

Certains relativisent également le risque à court terme du Brexit et de ses répercussions sur l'élection présidentielle française. "Les investisseurs continuent de faire preuve de complaisance dans leur évaluation de la politique française : effectivement, pour beaucoup d'entre eux, l'hypothèse d'une présidence Marine Le Pen ne constitue pas un vrai risque à leurs yeux, même pas de façon extrêmement marginale", avance ainsi Hartwig Kos, CIO adjoint de SYZ Asset Management. "Compte tenu de ce contexte où les marchés surveillent d'un côté l'action du nouveau président américain et de l'autre les pays coeur de la zone euro, il reste très peu de place pour s'inquiéter outre mesure du processus de Brexit".

Effectivement la livre britannique est stable mercredi à la mi-journée tout comme la plupart des marchés actions européens, à l'exception de Francfort qui progresse de 0,3%.