Au lendemain du déclenchement de la procédure de divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, la première ministre britannique a choisi de s'adresser aux opinions publiques européennes dans une tribune publiée jeudi par six grands quotidiens du continent. Reprenant pour l'essentiel la lettre remise au président du Conseil européen Donald Tusk elle y dessine les grandes lignes de ce qu'elle espère être la relation entre le Royaume-Uni et le reste de l'Europe après le "Brexit".

"Nous quittons l'Union européenne, mais nous ne quittons pas l'Europe", peut-on lire en préambule de ce texte publié par le Parisien-Aujourd'hui en France. "En tant que plus proche ami et voisin, nous espérons, après notre départ, instaurer un partenariat étroit et spécial avec l'ensemble de l'Union européenne. Ce partenariat unique devra se traduire par une coopération sur le plan économique comme sur le plan sécuritaire, car cela répond aux intérêts du Royaume-Uni, de la France, de l'Union européenne et du monde entier".

Pas de "barrières inutiles"

La France et le Royaume-Uni sont en effet des partenaires militaires et commerciaux importants. Depuis le traité de Lancaster House en 2010 ils partagent un certain nombre de programmes de défense dont le dernier en date, signé mardi, concerne le développement d'une nouvelle génération de missiles. Les déclarations de Mme May confirment la volonté de poursuivre cette coopération militaire mais aussi de lutter ensemble contre le terrorisme.

En revanche la première ministre semble plus inquiète des conséquences commerciales de la sortie de son pays. "Les échanges entre nos deux pays représentent quelque 50 milliards d'euros par an et les investissements opérés par les entreprises françaises et britanniques procurent 500 000 emplois. Il existe aussi des chaînes d'approvisionnement complexes qui profitent aux deux pays (notamment dans les domaines aéronautique et automobile, ndlr). C'est pourquoi il est de notre intérêt à tous de faire en sorte que le partenariat entre le Royaume-Uni et l'UE permette aux entreprises britanniques de commercer et d'opérer avec la plus grande liberté possible sur les marchés européens, tout comme les entreprises françaises pourront le faire au Royaume-Uni. La mise en place de barrières commerciales inutiles serait contraire à nos intérêts communs", affirme-t-elle.

Pertes sèches pour la France

Selon le ministère français de l'économie et des finances, le Royaume-Uni était en 2016 le premier excédent commercial bilatéral de la France (+11,6 milliards d'euros). Les exportations françaises vers le Royaume-Uni se sont élevées à 31,1 milliards l'an dernier. Le Royaume-Uni était ainsi le 5e client de la France (7 % des exportations) et son 8e fournisseur (3,8% des importations). En sens inverse, la France était en 2016 le 5ème fournisseur (5,8 % des importations britanniques) et le 3e client du Royaume-Uni (6,4 % de ses exportations) derrière les Etats-Unis et l'Allemagne.

La France serait ainsi le 5e pays le plus impacté par le rétablissement de barrières tarifaires et non tarifaires, même réduites, avec le Royaume-Uni, estiment les analystes d'Euler Hermès dans une note diffusée aujourd'hui. La chute des importations britanniques aurait un impact direct et non-négligeable sur les exportations françaises. « La demande supplémentaire adressée à la France sur la période 2017-2021 sera fortement amoindrie par un Brexit avec accord de libre-échange. Les pertes sèches pour les exportateurs français pourraient se chiffrer à 3 milliard d'euros cumulés entre 2017-2021 », juge Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes. Les secteurs les plus touchés seraient la chimie, les machines et équipements, et l’agroalimentaire. Les investissements directs entre les deux pays seraient également affectés. "Au total, la croissance française sera handicapée de -0,3 point en cumulé sur la période", prédit l'assureur-crédit. Sans compter l'impact sur la demande en provenance de nos autres partenaires commerciaux, notamment l'Allemagne. Même hors du marché unique le Royaume-Uni compte sur le pragmatisme de ses partenaires européens.