Même si elle fait moins trembler les marchés que l'élection présidentielle française, la crise grecque pourrait bel et bien être la toile de fond de l'actualité politique européenne des prochains mois. Le pays doit en effet rembourser au moins 7 milliards d'euros de prêts de l'UE et du FMI d'ici au mois de juillet, mais les discussions sur le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide de 86 milliards accordée en 2015 piétinent. Athènes a accepté en février d'adopter de nouvelles mesures d'austérité afin de convaincre le Fonds monétaire international de se maintenir dans ce programme d'aide comme le souhaitaient plusieurs capitales européennes. Cependant les créanciers exigeraient de nouvelles concessions afin de sécuriser la trajectoire budgétaire du pays au-delà de 2018.

C'en est trop pour Alexis Tsipras qui a demandé mercredi 5 avril au président du Conseil européen Donald Tusk la convocation d'un sommet des pays de la zone euro, si un accord sur la Grèce n'est pas trouvé lors de la réunion ce vendredi des 19 ministres des Finances de l'Eurogroupe. "S'il n'y a pas de fumée blanche vendredi, j'ai demandé à M. Tusk d'entreprendre les initiatives pour convoquer un sommet des pays membres de la zone euro", a-t-il déclaré. En février M. Tsipras avait déjà exhorté les créanciers à se montrer "plus prudents envers un pays qui a été pillé et un peuple qui a fait et continue de faire tant de sacrifices au nom de l’Europe". Quelques mois plus tôt, en octobre, une manifestation de retraités contre la baisse des pensions avait dégénéré à Athènes, illustrant le ras-le-bol de la population face aux politiques d'austérité.

Dette insoutenable

Si ces politiques ont permis de rétablir l'équilibre des finances publiques, et même un excédent budgétaire de près de 3% du PIB en 2016, le pays reste face à un mur de dettes – 320 milliards d'euros, 180% du PIB- qu'il ne peut pas rembourser. "Même avec une application pleine et entière des réformes approuvées dans le cadre du programme (d'aide), la dette publique et les besoins de financement vont devenir explosifs sur le long terme", a d'ailleurs reconnu le FMI en janvier dernier.

L'institution dirigée par Christine Lagarde a une nouvelle fois appelé à une "restructuration" de la dette grecque par les pays européens, notamment via un "allongement significatif des maturités" et une réduction des taux d'intérêts. Mais cette solution est rejetée par les créanciers, notamment par l'Allemagne, dont le ministre des Finances a de nouveau évoqué le mois dernier une sortie de la Grèce de la zone euro. Cette position d'intransigeance vise surtout à rassurer les électeurs de la CDU, à quelques mois d'un scrutin incertain pour Angela Merkel et son camp. La chancelière allemande pourrait ainsi repousser la question d'un allègement de la dette grecque à plus tard - après les élections de septembre - et chercher un accord temporaire pour maintenir le pays sous perfusion. Jusqu'à la prochaine crise.