Après avoir éclaboussé une dizaine d'établissements bancaires européens, contraint certains à verser de fortes amendes, et envoyé plusieurs ex-traders en prison, l'affaire du Libor va-t-elle ternir l'image de la vénérable Banque d'Angleterre?
Un enregistrement mis au jour par la BBC semble attester de l'implication de la banque centrale britannique dans les erreurs volontaires de "fixing" du taux interbancaire londonien au plus fort de la crise financière.

L'enregistrement partiellement retranscrit par la BBC est celui d'une conversation téléphonique qui aurait eu lieu le 29 octobre 2008 entre deux employés de la banque Barclays. En voici un extrait : « Tu vas détester ça… mais on est sous une très forte pression du gouvernement britannique et de la [BoE] pour baisser le Libor », - « Donc, on doit le baisser au-dessous du niveau réaliste auquel je pense qu’on peut obtenir de l’argent ? » - « Absolument. En fait, on a la [BoE], toutes sortes de personnes impliquées dans ce truc… Je suis aussi réticent que toi, mais ces types nous ont juste dit de le faire. »

Cette conversation aurait eu lieu le même jour qu'un autre appel, du gouverneur de la Banque d'Angleterre Paul Tucker au patron de la banque Bob Diamond. Selon les notes prises par ce dernier, le banquier central aurait notamment déclaré : « Il n’est pas toujours nécessaire que [le taux de Barclays] apparaisse aussi haut. » L'objectif de la BoE à l'époque paraît clair: il s'agissait d'éviter une aggravation de la crise financière déclenchée un mois et demi plus tôt, quitte à minimiser le taux auquel les banques se prêtaient de l'argent entre elles (le libor étant le taux interbancaire de réference). 

Entendus par une commission parlementaire en 2012 sur cet échange téléphonique, Bob Diamond et Paul Tucker avaient démenti en indiquant que les notes ne reflétaient pas le contenu de leur conversation. Les consignes semblent pourtant être bien descendues au niveau des traders en charge de la fixation du taux, si l'on en croit l'enregistrement dévoilé par la BBC. Cela ne signifie pas pour autant que la Banque d'Angleterre soit la principale responsable dans cette affaire. La plupart des manipulations du libor ont eu cours avant 2008, et étaient le fait de traders peu scrupuleux souhaitant tirer profit de positions prises sur les marchés. Selon un rapport du gendarme britannique des marchés, entre 2005 et 2009, les traders de Barclays ont procédé à 257 manipulations du libor et de son équivalent européen (l’Euribor). En juillet 2016 quatre d'entre eux ont été condamnés à des peines de prison. Un ex-trader d'UBS a également écopé d'une peine de 11 ans de prison en 2015 tandis qu'une enquête a été lancée en juin 2016 aux Etats-Unis contre deux anciens employés de Deutsche Bank.