Si l’impeachment de Donald Trump était amené à être effectivement voté, cela ne mettrait pas nécessairement fin à la dynamique qui s’est dessinée sur le marché des actions européen depuis le début de l’année et qui semble s’être accélérée ces dernières semaines. L’éviction de M Trump pourrait même s’avérer salutaire pour la Bourse européenne, soutient Geoffroy Goenen.

Le marché des actions américain se retrouverait négativement impacté par un tel événement, et il y aurait très probablement des prises de profits par effet de ricochet. Toutefois,  la tendance devrait non seulement demeurer intacte, mais pourrait se renforcer.

Le marché des actions européen jouit de nombreux paramètres favorables.  

Le différentiel de valorisation avec son homologue américain reste notable. Si l’on considère les deux grands indices de part et d’autre de l’Atlantique, autrement dit le S&P 500 et le Stoxx 600, le gap avoisine les 10%. 

Les perspectives bénéficiaires sont au beau fixe pour les entreprises européennes. La révision des estimations est en hausse pour la première fois depuis 2010. A l’issue du premier trimestre, plus de 70% des sociétés qui composent le Stoxx 600 ont fait mieux que ce qu’attendait le consensus. Il y a un an, 50% parvenaient au mieux à atteindre les prévisions du marché.

Cette embellie microéconomique devrait continuer à être tirée par la reprise macroéconomique dans la région. Les derniers indicateurs PMI sont bien orientés. Les commandes et l’investissement connaissent une bonne percée. Le tissu industriel dans certains pays de la périphérie, comme l’Espagne, affiche un relatif rétablissement.

Le maintien de ce cap devrait notamment être favorisé par la baisse de la prime de risque à la suite des derniers résultats positifs des élections qui ont eu lieu dans certains grands pays européens comme les Pays-Bas et la France ; et par la poursuite d’une politique monétaire très accommodante de la part de la Banque centrale européenne de nature à faciliter la capacité d’emprunt des petites et moyennes entreprises en Europe.

Par le maintien de taux d’intérêt bas, la politique de la BCE devrait également alimenter l’inclination des investisseurs à se repositionner sur des actifs plus risqués pour obtenir plus de rendement, et encourager les rachats d’actions des  des sociétés européennes en quête d’efficience financière.

Au-delà de la multiplication des opérations de rachat d’actions, le marché des actions européen devrait aussi être animé par un regain de mouvements de fusions-acquisitions provenant de sociétés prédatrices non européennes : singulièrement des sociétés chinoises à la recherche d’une allocation de leurs yuans vers des actifs tangibles de qualité et assez sûrs et  des sociétés américaines désireuses de tirer avantage de la force du dollar contre l’euro pour acquérir des biens sur le Vieux continent.

L’ensemble de ces éléments réunis ont vocation à entretenir une arrivée massive de flux sur le marché des actions européen. En 2014-2015, l’espoir de voir la BCE se lancer dans un programme de quantitative easing aussi ambitieux que celui de la Fed avait poussé de nombreux investisseurs à se repositionner sur les actions européennes. A tel point que des ETF avaient été spécialement conçus pour répondre à la demande des investisseurs américains. Ces derniers avaient engrangé des dizaines de milliards d’euros.

Au total 150 milliards d’euros ont fait leur entrée sur le marché sur les deux années précitées.
2017 pourrait se caractériser par un appétit tout aussi féroce, à la suite d’une année 2016 qui a vu fuir 100 milliards d’euros.

Très clairement, la dynamique des flux est positive depuis le début de l’année et s’est renforcée en mars. Parallèlement, des épisodes de sorties de flux ont pu être observés sur le marché des actions américain. En somme, un jeu de vase communiquant semble s’être mis en place.

Les interrogations autour du dossier Trump pourraient inviter les investisseurs américains à accentuer ce phénomène.

Ce d’autant plus qu’un éventuel impeachment ne devrait pas causer la déroute du marché des actions américains. L’impeachment de Donald Trump pourrait, tout au plus, à priori, retirer au SP 500 uniquement le surplus d’expansion des multiples qui s’est constitué sous l’impulsion des promesses faites par l’actuel président américain.

Deux principales raisons à cela. Une réforme de l’impôt sur les sociétés, qui constitue le fer de lance du programme économique de Trump, est nécessaire à l’économie américaine pour des raisons de compétitivité des entreprises américaines. Ainsi si cette réforme n’entre pas en vigueur sous l’administration Trump, elle verra le jour sous l’administration suivante. A fortiori si l’on tient compte du fait que ce n’est pas le président américain qui décide seul de ce point, mais le Congrès dans son entier qui est majoritairement favorable à cet ajustement fiscal.

Par ailleurs, historiquement, l’impeachment qui a eu lieu consécutivement au scandale du Watergate en 1975 a certes entrainé une mise à mal du marché des actions américain dans un contexte de récession et de crise pétrolière qui s’est repris six mois plus tard. La correction a été perçue par beaucoup comme constitutives d’opportunités d’achat.