Regain de tensions dans le Golfe. Lundi, l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, l'Egypte, le Yémen ainsi que les Maldives ont annoncé rompre toute relation diplomatique avec le Qatar, accusé de "soutenir le terrorisme" et de menacer leur propre sécurité. Cette décision intervient deux semaines après une visite du président américain Donald Trump à Riyad où il a exhorté Arabes et musulmans à se dresser contre les groupes extrémistes et fustigé l'Iran dont le rapprochement avec le Qatar exaspère ses voisins.

Les pays du Golfe et l'Egypte reprochent de longue date au Qatar de soutenir les Frères musulmans mais aussi des organisations proches de Téhéran dans la province saoudienne de Katif, à dominante chiite, et à Bahreïn. Les relations se sont envenimées la semaine dernière après la publication par l'agence de presse officielle qatarie de propos attribués à l’émir cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani qui décrivaient l'Iran comme un allié stratégique. Bien que Doha ait démenti ces propos, se disant victime de hackers, ils ont été considérés comme un acte de « trahison » en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, les principaux animateurs du front anti-Téhéran.

L'objectif des monarchies arabes sunnites serait de contraindre le pays à rentrer dans le rang. A la rupture des relations diplomatiques s'ajoute une série de mesures économiques dont une fermeture des frontières terrestres et maritimes avec le Qatar, ainsi que des interdictions de survol aux compagnies qataries ou des restrictions aux déplacements des personnes. Les citoyens qataris ont par exemple quatorze jours pour quitter l’Arabie saoudite, les Emirats et Bahreïn, et les ressortissants de ces trois pays se voient interdire de se rendre au Qatar. Les diplomates qataris devront, pour leur part, quitter ces pays sous quarante-huit heures. L’Arabie saoudite et Bahreïn ont, en outre, annoncé la suspension de toutes les liaisons terrestres, aériennes et maritimes avec l’émirat, ce qui risque de créer des pénuries dans le pays qui importe 99% de ses produits alimentaires, principalement via l'Arabie Saoudite.

Suite à ces annonces, la bourse de Doha a chuté de près de 12% lundi, sa plus forte baisse depuis 2009, tandis que les qataris se ruaient dans les supermarchés.

Donald Trump se félicite

La Turquie et le Koweit ont entrepris une médiation afin de mettre un terme à la crise, mais ces efforts pourraient durer "plusieurs semaines" a prévenu un porte-parole du président turc Recep Tayyip Erdogan. Alliés à la fois de Ryad et de Doha, les Etats-Unis avaient invité lundi les pays du Golfe à rester "unis" par la voix du secrétaire d'Etat Rex Tillerson. Mais Donald Trump s'est au contraire félicité mardi de la mise au ban du Qatar. "Peut-être que ce sera le début de la fin de l'horreur du terrorisme", a-t-il déclaré sur Twitter, avant d'appeler quelques heures plus tard au dialogue. 

Cette crise embarrasse également la France compte tenu du poids des investissements qataris dans l'Hexagone. Le fonds Qatar Investment Authority est notamment le deuxième actionnaire (10,36%) du groupe AccorHotels. L'émirat détient aussi des parts minoritaires dans LVMH, Veolia Environnement, Vinci ou Total. Le Qatar a acheté en 2015 pour un montant de 6,3 milliards d'euros 24 chasseurs Rafale dont le premier devrait être livré en 2017. "La France est attachée dans la région du Golfe comme ailleurs à la progression de l’intégration régionale qui constitue un gage de stabilité et exprime le vœu que les tensions actuelles soient résolues par le dialogue", a réagi un porte-parole du Quai d'Orsay mardi, ajoutant cependant que la France était "aux côtés des pays de la région dans l’intensification nécessaire de la lutte contre les groupes terroristes". Le ministre de la Justice François Bayrou a estimé de son côté qu'il fallait mettre fin à la convention fiscale permettant aux entités publiques qataries d'être exonérées d'impôt sur leurs plus-values immobilières en France.