Pari perdu pour Theresa May. Les électeurs britanniques n'ont pas donné à la nouvelle "dame de fer" la majorité qu'elle souhaitait pour mener comme elle l'entend les discussions de sortie de l'Union européenne. Avec 316 sièges contre 328 avant les élections de jeudi, le parti Conservateur perd sa majorité absolue mais reste pour l'heure le plus à même de gouverner. Mme May a annoncé vendredi qu'elle formerait un nouveau gouvernement avec l'appui du parti unioniste nord-irlandais (DUP), qui devrait lui apporter la dizaine de députés manquant à sa majorité.

Cependant le Royaume-Uni entre dans une phase d'incertitude politique et économique, selon les analystes. "La perte de la majorité conservatrice aura des répercussions sur le leadership de la Première ministre Theresa May, qui sera probablement remis en cause par des parlementaires plus eurosceptiques, ce qui pourrait entraîner la nomination d’un nouveau chef du gouvernement", indique Rowena Geraghty, analyste spécialiste de la dette souveraine chez Standish. Même si la Première ministre sauve sa tête, ce gouvernement est "peu susceptible de résister à la période de négociations tendues sur le Brexit", ajoute-t-elle.

"Le pari de provoquer des élections anticipées pour conforter sa majorité conservatrice à la veille de l’ouverture des négociations avec l’Union Européenne a été perdu par Theresa May", abonde Florence Pisani, directrice de la recherche économique de Candriam. "On peut craindre dans ce contexte que le début des véritables négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ne soient retardé".

Ralentissement économique

Les discussions entre Londres et ses partenaires européens doivent débuter le 19 juin, presqu'un an après le referendum britannique. Mais de nombreux analystes s'interrogent sur la capacité de Theresa May à négocier un accord. Mme May n'a pas reçu de mandat clair des électeurs en faveur d'un "Brexit dur", la ligne qu'elle a pourtant défendu ces derniers mois. Elle se trouve aujourd'hui dans une position de faiblesse vis-à-vis des Européens.

Ce résultat renforce par ailleurs le risque de ralentissement de l'économie britannique, alors que la croissance a déjà fléchi au premier trimestre sur fond d'inflation et de faible hausse des salaires, souligne Florence Pisani. Sur les marchés, les opérateurs redoublent de vigilance vis-à-vis des actifs britanniques. "Nous anticipons une (nouvelle) dépréciation de la livre sterling sur fond d’inquiétudes concernant la possibilité d’une sortie de l’UE sans accord, tandis que les emprunts d’État resteront exposés aux sautes d’humeur des marchés", avance Rowena Geraghty.

Pour Michael O'Sullivan, chief investment officer de Credit Suisse Wealth Management, le Royaume-Uni "concentre aujourd'hui les risques". Si la baisse de la livre pourrait jouer un rôle "d'amortisseur" pour les entreprises exportatrices, elle n'aura plus forcément le même effet positif sur la bourse de Londres que l'année dernière, compte tenu des incertitudes sur la politique fiscale, le Brexit et l'investissement. Quant au marché immobilier, "il pourrait également être plus volatile", ajoute-t-il. Les nuages s'accumulent outre-Manche.