C'est une vision plutôt optimiste qu'a livrée Candriam mardi 13 juin à l'occasion de la présentation de ses perspectives économiques et financières de mi-année. Le groupe, l'un des principaux gestionnaires d'actifs européen, filiale de l'assureur New York Life, se montre confiant dans la reprise de l'économie mondiale cette année ainsi qu'en 2018.

Depuis la mi-2016, "l'économie mondiale a clairement ré-accéléré, comme en témoignent le redémarrage du commerce et de la production industrielle. En permettant une stabilisation du cours des matières premières, la dissipation des craintes d'un ralentissement brutal de l'économie chinoise y a contribué. Les pays producteurs de matières premières bénéficient désormais d'un environnement plus favorable", souligne ainsi le gestionnaire.

Signe de l'embellie, le climat des affaires s'améliore depuis plusieurs mois dans les pays développés comme dans les pays émergents. "Les économies mondiales ont rarement été aussi bien toutes ensemble", assure Anton Brender, chef économiste. La croissance de l'économie mondiale, attendue autour de 3,5% cette année est, de fait, "assez équilibrée". Bien sûr des risques demeurent, notamment en Chine où le changement de modèle économique implique un ralentissement de la croissance. "La Chine suit la même trajectoire que le Japon ou la Corée du Sud il y a quarante ans. Compte tenu de la taille du pays et des risques de déstabilisation économique, sociale, cela génère de l'inquiétude. Mais nous ne tablons pas sur un effondrement de la croissance", souligne Anton Brender. D'autant que d'autres pays émergents – Brésil, Russie- relèvent la tête.

Trump déçoit mais la croissance est là


Les indicateurs sont également au vert dans les économies développées. Aux Etats-Unis, le "super-cycle" de croissance entamé en 2009 se poursuit grâce notamment au désendettement des ménages et à l'investissement des entreprises. Le rythme soutenu des créations d'emplois depuis un an a amené l'économie proche du plein-emploi, ce qui devrait se traduire par des hausses de salaires et soutenir la consommation. "Le principal risque est politique", souligne Anton Brender. Six mois après son entrée en fonctions, Donald Trump ne semble pas en mesure de tenir ses promesses de relance fiscale et budgétaire. Le projet de budget dévoilé par la Maison Blanche vise au contraire de fortes baisses des dépenses publiques afin d'atteindre l'équilibre budgétaire d'ici 2027. "Cela crée un grand désarroi parmi les économistes car il est très difficile d'établir des prévisions". Candriam table néanmoins sur un allègement de la fiscalité, moins important qu'initialement annoncé, ce qui permettrait à la croissance américaine d'accélérer à 2,5% l'an prochain, contre 2% en 2017.

Fed et BCE à la manoeuvre

2% de croissance, c'est également ce que pourrait connaître la zone euro en 2017, après 1,7% en 2016. La reprise européenne semble solide car elle est d’abord tirée par la demande intérieure, souligne Florence Pisani, directeur de la recherche économique chez Candriam. L'investissement des entreprises est nettement reparti, de même que les créations d'emplois, ce qui devrait se traduire, comme aux Etats-Unis, par une consommation plus soutenue. Cependant "l’économie est toujours loin du plein emploi, l’inflation sous-jacente faible et la croissance du crédit encore modérée. Si la BCE a largement contribué au redémarrage de l’activité, les gouvernements vont maintenant devoir faire effort pour réduire les divergences croissantes entre les grandes économies de la zone, en matière d’évolution du chômage mais aussi d’endettement", indique Florence Pisani. 

La robustesse de la reprise, en zone euro comme aux Etats-Unis, accompagnée par des politiques monétaires bien adaptées, explique la bonne tenue des marchés financiers, selon les deux économistes. "Nous ne sommes pas surpris par la faible volatilité actuelle sur les marchés financiers. Elle tient en partie au professionnalisme de la Fed et de la BCE", souligne Anton Brender. La Réserve fédérale américaine joue selon lui un rôle stabilisateur face aux changements de pieds permanents de Donald Trump, en pilotant la remontée des taux d'intérêt au plus près de l'évolution de l'économie. Quant à la BCE, sa politique d'assouplissement quantitatif semble avoir un effet bénéfique sur le crédit et l'investissement. "La reprise étant désormais plus solide, la BCE est maintenant bien placée pour amorcer une réorientation – très progressive – de sa politique. Mais elle prendra soin d’éviter une hausse trop forte des taux d’intérêt à long terme ", précise Florence Pisani. Ainsi, même si la banque centrale commençait à réduire ses achats de dette en 2018, la demande resterait supérieure à l'offre sur le marché obligataire, ce qui devrait permettre une remontée en douceur des taux.