Branle-bas de combat sur le marché des changes. Il a suffi de quelques commentaires du président de la Banque centrale européenne lundi 26 juin pour faire grimper la monnaie européenne à son plus haut niveau depuis un an face au dollar. Après avoir plafonné à 1,12 dollar depuis le début de l'année, l'euro a brisé plusieurs résistances, se hissant jeudi à 1,1409 $.

La monnaie européenne a désormais effacé l'intégralité des pertes enregistrées depuis l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, évènement qui avait poussé le billet vert à moins de 1,05 dollar pour un euro fin 2016. La monnaie unique a aussi désormais effacé l'essentiel des pertes qui avaient suivi la décision des Britanniques de sortir de l'Union européenne (UE) fin juin 2016.

"Les banques centrales sont le principal moteur des marchés cette semaine, les courtiers concentrant leur attention sur les commentaires faits par deux banquiers centraux majeurs: le président de la BCE Mario Draghi et la présidente de la Fed (Réserve fédérale américaine) Janet Yellen", ont relevé les analystes de FxPro.

Un coup d'arrêt pour le dollar

Premier à parler mardi, M. Draghi a estimé que la confiance revenant en Europe, davantage de demande et d'investissement pourrait suivre. M. Draghi également estimé que les risques de déflation s'étaient dissipés et que des forces de relance de la hausse des prix à la consommation étaient en place. "Si la BCE pense que la bataille contre les risques de déflation a été gagnée, cela plaiderait en faveur d'un ajustement de la politique monétaire" et justifierait ainsi une diminution du soutien de la banque centrale à l'économie de la zone euro, a expliqué à l'AFP Derek Halpenny, analyste chez Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ. De son côté, Janet Yellen s'est montrée très prudente sur la réduction du bilan de la Fed censé démarrer cette année. Elle a assuré que celui-ci serait progressif et prévisible, de façon à ne pas mettre en péril la croissance américaine ni l'objectif d'une inflation proche de 2% (un objectif loin d'être atteint). 

Certains courtiers influents ont révisé leurs positions suite à ces commentaires, qui marquent selon eux un coup d'arrêt à l'appréciation du dollar. "A la suite du discours optimiste du président Draghi à Sintra, nous révisons entièrement notre perspective sur le taux de change euro-dollar pour le restant de l'année", écrivent les analystes de Deutsche Bank. La parité 1 euro pour 1 dollar, qui était envisagée il y a quelques mois n'est plus du tout d'actualité et l'euro pourrait au contraire se raffermir autour des 1,16 dollar, voire au-delà, d'ici la fin de l'année. "Notre principal message est que l'euro sera probablement la principale courroie par laquelle les conditions financières dans la zone euro seront resserrées", ajoutent-ils. Par ailleurs le dollar souffre de l'incertitude politique aux Etats-Unis, où Donald Trump est empêtré dans les affaires liées à sa campagne et ne semble pas en mesure de faire passer ses réformes budgétaires et fiscales, sur lesquelles les investisseurs avaient fondé beaucoup d'espoir.