La Grèce a réussi mardi son retour sur les marchés en plaçant 3 milliards d'euros d'obligations à cinq ans. Trois ans après son dernier test auprès de la communauté financière, le pays semble avoir profité de l'amélioration de ses indicateurs économiques. La demande pour cette émission a atteint 6,5 milliards d'euros, soit plus de deux fois l'offre. Le rendement consenti, 4,625 %, est légèrement inférieur à celui qu'Athènes avait concédé sur la même maturité il y a trois ans (4,95 %). Il faut cependant noter que la moitié des fonds levés l'a été auprès de détenteurs de dette grecque, via un échange de titres plus favorable.

"Le retour de la Grèce sur les marchés financiers est une opération de communication politique réussie", souligne Christopher Dembik, chef économiste de Saxo Banque. "Cette option n’est toutefois pas crédible au regard des besoins en financement du pays qui doivent atteindre près de 19 milliards d’euros en 2019, à moins d’accepter des taux d’emprunt élevés qui vont encore plus peser sur le niveau d’endettement du pays et contraindre le potentiel de croissance". Avec un endettement record (180% de son PIB, contre 146% en 2008) la Grèce reste en effet dans une situation inextricable pour beaucoup d'économistes. Alexis Tsipras le sait, lui qui n'a de cesse de plaider pour un allègement de ce fardeau. Las, les créanciers du pays, Allemagne en tête, ont reporté toute décision sur un geste en faveur d'Athènes à la fin du plan de sauvetage mis en place en 2015. Soit pas avant la mi-2018.

Effacement ou rééchelonnement ?


Mais en quoi consisterait au juste cet allègement ? Lors de leur dernière réunion, mi-juin, les ministres des finances de la zone euro ont évoqué un étalement des remboursements dus par la Grèce sur 15 années supplémentaires, soit jusqu'en 2070 pour les prêts les plus longs. Autant dire que le pays risque de traîner ces prêts comme un boulet, sans être sûr de pouvoir les rembourser un jour. La solution la plus radicale, mais aussi la plus réaliste, selon Christopher Dembik, serait un effacement pur et simple d'une partie de la dette, comme cela fut le cas en 2012 pour la moitié des titres détenus par des créanciers privés.

"On a tort de faire de l’effacement d’une partie de la dette grecque un cas particulier. Une restructuration de dette souveraine est un évènement plus fréquent qu’on ne le croit. De 1950 à 2010, il y a eu 186 échanges de dette négociés avec des institutions financières et des détenteurs d’obligations et 447 accords bilatéraux avec le Club de Paris", écrit l'économiste. Dans le cas de la Grèce, il faudrait un effacement de 88% du montant de la dette pour atteindre l'objectif d'un endettement inférieur à 120% du PIB, considéré comme soutenable par le FMI, ajoute-t-il. Une décision que les gouvernements européens, principaux créanciers du pays, pourraient avoir du mal à assumer politiquement même s'ils savent que l'avenir de l'Union européenne en dépend.