Emmanuel Macron aurait tort de pester contre la hausse de l'euro. Car il en est en partie responsable, selon les économistes de Deutsche AM. En l'espace de cinq mois la monnaie européenne s'est appréciée de près 15% face au billet vert, atteignant son plus haut niveau en deux ans et demi à près de 1,20 dollar et suscitant quelques inquiétudes du côté de la BCE qui n'avait pas anticipé cette "réévaluation excessive" de la monnaie.

Cette envolée reflète en réalité un double mouvement d'appréciation de l'euro et de baisse du dollar. Ce dernier recule en effet depuis le début de l'année par rapport aux devises de ses principaux partenaires commerciaux, dont le yen ou le peso mexicain. L'euro, lui, a commencé à s'apprécier face à un panier de devises à compter du mois d'avril. "Ces dates sont importantes", note Deutsche AM. "Elles suggèrent que pour une fois les mouvements des devises ne sont ni basés sur l’économie, ni sur l’incontournable différentiel de taux d’intérêt. Cette fois, la raison est politique. En un mot, il s’agit de la victoire de Trump aux Etats-Unis et du changement de perception qu’ont les investisseurs par rapport à l’Europe grâce à Macron".

Cette analyse peut être nuancée. L'élection d'Emmanuel Macron a surtout permis de lever les craintes qui pesaient sur la monnaie unique dont sa rivale Marine le Pen souhaitait se débarrasser. Cela explique une partie de l'appréciation de l'euro. Mais celle-ci peut être également attribuée à l'amélioration des fondamentaux économiques. Fin juillet, le FMI a ainsi relevé ses prévisions de croissance pour la zone euro à 1,9% cette année contre 1,7% initialement, soulignant la vigueur de la reprise en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Parallèlement le Fonds a baissé ses prévisions pour les Etats-Unis (à 2,1% au lieu de 2,3%) évoquant les incertitudes -politiques- qui pèsent sur le programme de relance de Donald Trump.

Jusqu'où l'euro peut-il s'apprécier, ou le dollar se déprécier ? Cela dépendra là encore d'un mélange de facteurs politiques et économiques, autrement dit du compromis budgétaire qui sera trouvé par Donald Trump mais aussi de la capacité de la Fed à relever ses taux comme annoncé. De son côté, la BCE fera tout pour ne pas alimenter la hausse de la monnaie unique par un durcissement de sa politique monétaire. Son vice-président Vitor Constâncio a assuré mardi qu'elle maintiendrait une politique "accommodante" au cours des prochains mois et était prête à baisser encore ses taux si nécessaire.