En dépit de nouveaux records à Wall Street, les investisseurs guettent avec une pointe d'appréhension la fin de la réunion de la Réserve fédérale américaine, mercredi. La Fed pourrait en effet profiter de ce rendez-vous avec les marchés pour annoncer une réduction de son bilan qui atteint 4,2 trillions de dollars soit environ 25% du PIB américain.

Cet énorme stock de créances, dont une bonne moitié d'emprunt d'Etats, est le fruit des différents programmes de rachat d'actifs menés par la Fed entre 2008 et 2014. Si cet "assouplissement quantitatif" (QE en anglais) a pris fin il y a trois ans, la Fed a continué à réinvestir l'argent remboursé par l'Etat et les agences fédérales dans de nouveaux titres, gardant ainsi une empreinte très forte sur les marchés et un bilan démesuré.

Le dégonflement de ce bilan est considéré par Janet Yellen, la présidente de la Fed, comme une étape indispensable afin de ne pas conduire à de nouvelles bulles financières. "Sur le fond, cette normalisation est logique et saine. L'argent trop bon marché conduit à des excès, commente Marco Bruzzo, directeur général délégué de Mirabaud AM. "Mais le calendrier et les modalités de cette normalisation suscitent encore beaucoup d'interrogations".

Une opération délicate

Pour la plupart des analystes la Fed devrait démarrer très doucement l'opération "dégonflement", à raison d'une dizaine de milliards de dollars par mois, afin de ne pas brusquer les marchés. "Le marché a déjà intégré l'idée que la réduction du bilan se fera à doses homéopathiques, ce qui limitera l'impact négatif sur les actions", note ainsi Christopher Dembik, économiste de Saxo Bank. En revanche ce désengagement pourrait créer des turublences sur les marchés obligataires. La mise en place du programme de réduction du bilan induira une remontée des taux à long terme, rappellent les économistes d'Aurel BGC. Ce qui signifie un alourdissement du fardeau de la dette pour l'Etat et pour tous les emprunteurs.

La voie de la "normalisation" de la politique monétaire est étroite, résume Hubert Tassin, analyste financier pour les fonds Inter Actions. "En premier lieu car les valorisations des actifs – les indices boursiers en particulier – vont être très sensibles au moindre des détours des phrases du discours de Madame Yellen. Ensuite parce que le maintien de taux longs bas et même négatifs en termes réels (en tenant compte de l’inflation) est une nécessité : le Budget fédéral américain ne supporterait pas des rémunérations très supérieures à l'inflation. Enfin, la Réserve Fédérale ne cherchera pas à susciter une remontée du dollar, au contraire".

La Fed devrait d'ailleurs ajuster mercredi ses perspectives d'inflation et de taux directeurs. Pour l'heure les marchés estiment qu'il y a une chance sur deux de voir une nouvelle hausse des taux d'ici la fin de l'année.