Quantitative easing (assouplissement quantitatif) : derrière ce terme barbare se cache l'un des phénomènes économiques les plus importants des dix dernières années. Le "QE" est la politique monétaire mise en œuvre par la Réserve fédérale américaine au lendemain de la chute de Lehman Brothers, fin 2008, pour tenter d'amortir le choc de la crise financière qui avait éclaté un an et demi plus tôt.

Théorisée par plusieurs économistes dans la deuxième partie du 20e siècle et appliquée pour la première fois au Japon dans les années 2000, cette politique consiste, pour une banque centrale, à acheter sur les marchés des titres de dette (obligations souveraines et autres créances) afin d'enrayer la chute des prix de ces actifs et de rétablir la confiance entre institutions financières. Entre 2009 et 2014 la Réserve fédérale américaine a ainsi racheté pour plus de 3500 milliards de bons du Trésor américain et de titres adossés à des créances hypothécaires (MBS). Cette politique a probablement évité à l'économie américaine une récession aussi profonde et durable que celle de 1929.

Problème : la Fed se retrouve aujourd'hui avec un bilan énorme – 4500 milliards de dollars soit 25% du PIB américain – qu'elle entend réduire progressivement afin de ne pas se muer en "super investisseur" créant de nouvelles bulles sur les marchés. Hier à l'issue de sa réunion de politique monétaire, la Fed a donc annoncé le début de l'opération "dégonflement", qui démarrera en octobre mais devrait s'étaler sur plusieurs années. Sa présidente a prévenu que le processus serait "long et ennuyeux", aussi "boring" que de regarder l'herbe pousser. Une manière de signifier aux marchés financiers de ne pas s'inquiéter de cette cure d'amaigrissement.

Nouvelle hausse des taux avant la fin de l'année

Comment la Fed compte-t-elle s'y prendre ? En cessant de réinvestir une partie des créances qui lui sont remboursées. Cette méthode est en effet plus douce que de vendre des obligations sur le marché. Le non-réinvestissement concernera d'abord des montants très limités – 10 milliards de dollars par mois- et devrait être porté à 50 milliards par mois d'ici fin 2018. A ce rythme, il faudrait environ sept ans à la Fed pour revenir à son niveau de bilan d'avant la crise (900 milliards de dollars). Mais bon nombre d'économistes estiment qu'elle s'arrêtera avant cela. L'objectif étant de revenir à un niveau plus raisonnable, et de se reconstituer des marges de manœuvre en cas de crises futures. C'est vrai également pour le niveau des taux directeurs, qui devrait être à nouveau relevé d'ici la fin de l'année compte tenu d'un taux de croissance de l'économie américaine plus fort que prévu (2,4% contre une précédente prévision de 2,2%).

Les marchés ont plutôt bien réagi à ces annonces. L'indice Dow Jones a gagné 41,79 points (+0,19%), à 22.412,59, son septième record de clôture consécutif et neuvième séance de progression de rang. Les bourses européennes ont également ouvert en légère hausse jeudi, portées par les valeurs bancaires. "La Réserve fédérale devrait augmenter les taux d’intérêt lors de sa réunion de décembre et trois fois supplémentaires en 2018. Ces développements devraient entrainer une légère appréciation du dollar, notamment contre l’euro, ce qui sera positif pour les actions européennes", commente Valentin Bissat, stratégiste chez Mirabaud AM. Toutefois, "il n'est pas certain que les indices actions (européens) sortent de leur léthargie à très court terme", ajoutent les stratégistes d'Aurel BGC. Après la Fed, les investisseurs s'interrogent en effet sur le programme de rachat d'actifs de la BCE qui pourrait lui aussi être recalibré l'année prochaine.