Après les "Panama Papers" il y a un an et demi, le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) récidive aujourd'hui avec de nouvelles révélations sur l'usage des paradis fiscaux par les grands groupes et certains milliardaires. Si la France semble pour l'heure épargnée par le scandale, le journal Le Monde, membre de ce consortium, promet que cela ne va pas durer.

"Dans les prochains jours, les « Paradise Papers » vous révéleront les secrets offshore de multinationales bien connues, y compris françaises, qui déplacent artificiellement leurs flux financiers vers des territoires pratiquant l’impôt zéro, dans le but de payer le moins de taxes possible là où elles exercent réellement leurs activités", indique le journal. Dans ses précédentes enquêtes Le Monde avait notamment pointé la présence en nombre de filiales de banques françaises dans les paradis fiscaux. Selon la technique bien connue en journalisme du "feuilletonage", le quotidien va donc livrer au compte-goutte ces nouvelles révélations qui ont mobilisé "une douzaine de journalistes pendant plus d'un an".

Les grands groupes français doivent-ils trembler dans cette perspective ? Pas forcément. Car, comme l'indique le journal, "cette nouvelle enquête concerne moins le blanchiment d’argent sale, issu de la fraude fiscale et d’autres activités illicites (trafics d’armes, de drogue…), que des schémas légaux montés par des bataillons d’experts en optimisation fiscale. L’argent, ici, a le plus souvent été soustrait à l’impôt de façon légale ou aux frontières de la légalité, grâce aux failles du système fiscal international".

Appleby, cabinet anglo-saxon au coeur du scandale


Les "fuites" qui ont permis ces révélations proviennent notamment d'un cabinet d'avocats britannique, Appleby, dont le siège est aux Bermudes mais qui a pignon sur rue dans les principales métropoles financières. Sur son site le cabinet se présente comme se présente comme «l'un des plus grands fournisseurs de services offshore légaux». De fait, selon le Monde, les avocats d'Appleby "sont loin de s’affranchir des règles avec autant de désinvolture que leurs homologues panaméens de Mossack Fonseca" mais ils excellent dans l'art de repousser "autant que possible les limites de la légalité".

Ces révélations risquent de provoquer des remous surtout dans la sphère politique et notamment dans certains gouvernements qui se targuent de lutter contre ces pratiques. Quelque 150 personnalités, politiciens et chefs d'entreprise, sont cités comme clients d'Appleby dans les «Paradise papers», la plupart sont domiciliés aux Etats-Unis, selon la BBC. Parmi eux figure le secrétaire d'Etat américain au Commerce, Wilbur Ross, dont l'enquête a mis au jour des liens financiers avec un groupe pétrochimique russe. Un proche du Premier ministre canadien Justin Trudeau est également mis en cause. Plus surprenant, la Reine d'Angleterre, Elisabeth II, voit elle aussi son nom associé au scandale : une petite partie de sa fortune personnelle aurait été investie dans des fonds offshore, il y a plus de dix ans.