Rendement élevé, inflation sous contrôle : le rendement à l’achat de la dette émergente est de l’ordre de 6,06%, soit très supérieur aux taux des marchés développés. L’inflation en Amérique latine et en Russie, traditionnel sujet d’inquiétude, a fortement baissé, et la plupart des banques centrales de ces pays peuvent baisser leurs taux.

Reprise du commerce mondial : l’accélération économique générale relance le commerce mondial, dont les pays émergents, largement exportateurs, bénéficient au premier chef.

Monnaies sous-évaluées : la sous-évaluation des monnaies émergentes par rapport à l’euro avoisine selon nos modèles 7,7%. Le retour en grâce des économies émergentes devrait favoriser une réappréciation de leurs devises à des niveaux plus normaux.

Risque faible au niveau du dollar : la monnaie américaine est selon nous surévaluée de plus de 15% par rapport à l’ensemble de ses partenaires commerciaux émergents. De plus, l’administration américaine plaide clairement pour une dépréciation du billet vert. Le risque de forte appréciation du dollar, qui viendrait casser la dynamique économique émergente, semble donc limité.

L’Amérique latine qui représente 33% de l’indice de référence et offre un rendement de 7,25%, présente un intérêt tout particulier cette année en raison du déroulement de trois élections phares au Brésil, au Mexique et en Colombie.


 Le 7 octobre, les Brésiliens voteront pour les législatives, les présidentielles et l’élection des gouverneurs des Etats. La compétition est rude, avec au moins 11 partis importants au Parlement.

Deux partis sont en tête dans les sondages: le Parti des travailleurs, très à gauche, représenté par Luiz Inácio Lula da Silva, et le Parti social libéral, très à droite, représenté par Jair Bolsonaro. L’élection de l’un ou l’autre de ces candidats serait défavorable aux marchés brésiliens.
Il reste toutefois probable que le Parti social-démocrate brésilien, centriste, remporte les élections présidentielles avec Geraldo Alckmin.
Enferré dans des déboires judiciaires, Lula aura de grandes difficultés à faire campagne, ou tout simplement à se présenter. Et aucune alternative crédible n’a émergé à l’intérieur de son parti. Il pourrait éventuellement soutenir Ciro Gomes du Parti travailliste démocratique. Dans ce cas, une grande coalition très à gauche réunissant Lula, Gomes et Marina Silva, du Parti du réseau de durabilité, écologiste, aurait des chances d’accéder au pouvoir. Mais cette probabilité reste modérée, en raison des difficultés qu’éprouvent généralement les partis les plus extrêmes à trouver des alliances.
Jair Bolsonaro du Parti social libéral est en tête des sondages. Il se situe très à droite de l’échiquier politique. Toutefois, son parti est très peu représenté aux assemblées. Or, à l’approche des élections, le temps de parole télévisuel sera calculé en fonction de la représentativité des partis au Parlement. La télévision étant de loin le principal vecteur d’information au Brésil, le très faible temps de présence alloué au candidat le pénalisera donc pendant la campagne.
Le Parti du mouvement démocratique brésilien, au pouvoir, est actuellement très peu populaire, mais il n’a pas véritablement commencé de campagne. Deux candidats semblent possibles: Michel Temer, qui n’exclut plus de se représenter, et son ministre des Finances Henrique Meirelles, qui vient de démissionner pour réfléchir à une éventuelle candidature.
Mais pour les marchés, il semble encore trop tôt pour s’inquiéter. Nous sommes encore loin des élections et d'autres candidats sérieux pourraient émerger. La liste définitive des candidats sera publiée en août.

Les Mexicains voteront le 1er juillet aux élections présidentielles et législatives.

Le candidat populiste du Mouvement pour la régénération nationale (MORENA), Andrés Manuel López Obrador, souvent surnommé AMLO, est en tête des sondages.
Son élection devrait déplaire aux marchés pour ses répercussions sur les relations entre le Mexique et les Etats-Unis. Le candidat populiste s’est en effet montré partisan d’une ligne dure, plutôt nationaliste, et son jugement sur le président américain, notamment dans un livre publié en 2017, «Oye, Trump» (Hé, Trump), apparaît très sévère.
En cas de victoire du MORENA, les négociations avec l’administration américaine sur l’ALÉNA risquent d’être difficiles et imprévisibles. Rappelons que les exportations mexicaines à destination des Etats-Unis représentent 28% de son PIB4.
Toutefois, AMLO est suivi de très près par deux autres candidats, José Antonio Maede, du Parti révolutionnaire institutionnel (centre, au pouvoir), et Ricardo Anaya, leader d’une coalition diversifiée. Et, pour nous rassurer un peu, souvenons-nous qu’AMLO était en tête des sondages en 2006 et qu’il n’a pas gagné.

Les élections présidentielles colombiennes, le 27 mai 2018, sont moins sujettes à inquiétude.

Iván Duque Márquez, candidat de la Grande alliance pour la Colombie, devrait gagner. L’alliance est celle de deux partis historiques colombiens, le Parti conservateur colombien, longtemps au pouvoir au cours des dernières années, et le Centre démocratique, fondé par l’ancien président Álvaro Uribe.
Un candidat très à gauche, Gustavo Petro, le suit de près, mais il a peu de chances d’être élu car il n’est pas populaire, une grande partie de la population colombienne étant réfractaire aux idées d’extrême gauche, qu’elle associe aux FARC.