La première concerne les relations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Le secrétaire américain au Trésor annonçait dimanche que l’Administration mettait entre parenthèses le projet d’augmentation des droits de douanes sur les importations chinoises. A peu près au même moment, le programme de gouvernement entre les deux partis populistes italiens, 5 Etoiles et la Ligue, gommaient les éléments les plus inacceptables aux yeux de l’UE et de la communauté financière, à savoir la sortie de la Zone Euro et l’annulation de la dette souveraine détenue par l’eurosystem (BCE et banques centrales nationales).

Il est évidemment tentant de donner du sens à ces informations. Ne sont-elles pas favorables au maintien d’un environnement économique et financier porteur ? Mais attention aux positionnements tactiques des uns et des autres qui impliquent si ce n’est une réversibilité dans les lignes défendues, au moins une volatilité dans les propos tenus.

Commençons par les relations sino-américaines.
Une double réalité est à garder à l’esprit. D’abord, la capacité de traiter la question du nucléaire nord-coréen passe par une cohérence dans les initiatives respectives de Pékin et de Washington. D’ici au 12 juin, date prévue pour la rencontre entre les présidents Kim Jong-un et Trump, Les tensions commerciales sont à éviter. Le marché l’a d’ailleurs compris. Il suffit que des doutes apparaissent sur la tenue de la rencontre pour que les inquiétudes réapparaissent. Celles-ci ont évidemment une dimension géopolitique ; elles marquent aussi une interrogation sur le retour des tensions commerciales entre Chine et Etats-Unis. La question du déséquilibre dans les relations a été mise sur la table. Il faut la résoudre ; « cacher la poussière sous le tapis » ne peut pas être une solution pérenne. Ensuite, et dans le sillage de ce premier point, il faut que l’Administration américaine définisse sa position. Les tenants du libre-échange, le secrétaire au Trésor Mnuchin et le conseiller économique Kudlow, se satisferont d’un accord même si celui-ci ne fait que peu « bouger les lignes ». En revanche, les « durs », comme le ministre du commerce extérieur Lighthizer et l’assistant du Président pour les questions de politique commerciale et industrielle Navarro, veulent aboutir à un texte beaucoup plus exigeant vis-à-vis de la Chine. De quel côté le Président Trump va au final pencher, sachant que des allers-retours se produiront ? On ne sait pas.

Passons à l’Italie.
Bien sûr toute modération des deux partis populistes, dans leurs positions par rapport à l’UE, va dans la bonne direction. Mais surfer sur l’euroscepticisme de la population tout en sachant jusqu’où ne pas aller trop loin dans la refonte souhaitée des relations avec l’Europe est un exercice compliqué. Le maintien de la valeur de l’épargne des ménages italiens est sans doute le « juge de paix » en la matière. La crise souveraine serait le « pas de trop ». La déclinaison politique de cette dialectique entre euroscepticisme et maintien des relations avec les partenaires de l’UE passe, semble-t-il, par la nomination d’un Premier ministre plus « rond » que ne le sont les leaders de 5 Etoiles et de la Ligue et par le choix d’un ministre des Finances ouvertement critique par rapport à l’euro. Les deux initiatives, sans trop de surprises, ne plaisent pas au Président de la République. La première au titre de l’article 95 de la constitution (le Premier ministre dirige la politique générale du gouvernement et en est responsable ; ce n’est visiblement pas le cas, avec le rôle central dévolu à Di Maio et à Salvini) et la seconde au titre du respect des engagements par rapport à l’UE et en matière d’équilibre des comptes publics (de plus l’article 92 de la constitution dit que les ministres sont nommés sur proposition du Premier ministre ; ce qui n’est pas le cas). C’est aujourd’hui que le Président Mattarella doit se prononcer sur la proposition faite par Di Maio et Salvini pour le poste de Premier ministre. S’il la rejette, la probabilité d’aller à de nouvelles élections générales augmentera. Pour quel résultat ?