Quelle est la situation...?

… économique ?

Les perspectives conjoncturelles de l’Italie se sont améliorées : la reprise a gagné en vigueur. La baisse – certes lente – du taux de chômage a néanmoins permis un redressement de la confiance des ménages et les enquêtes récentes auprès des entreprises sont mieux orientées. Avant les turbulences récentes, la croissance en Italie semblait en passe d’approcher à nouveau 1,5 % en 2018.

La grande majorité des problématiques de long terme, dont les racines sont profondes, n'ont toutefois pas vraiment été prises à bras-le-corps par les gouvernements qui se sont succédé. Des faiblesses structurelles pèsent sur le potentiel de croissance de l'Italie : les gains de productivité sont particulièrement faibles et le défi démographique reste entier. Par ailleurs, les disparités régionales, le niveau élevé du chômage de longue durée comme de celui des jeunes, la remontée aussi du taux de pauvreté relative font peser des risque sur la cohésion sociale. Enfin, malgré un excédent primaire, la dette publique de l'Italie reste élevée… et n’est pas revenue sur une trajectoire soutenable.

… politique ?
Nommé Premier ministre, Giuseppe Conte a finalement renoncé à former un gouvernement. Le président Mattarella a confié à Carlo Cottarelli – un ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI) – la tâche ardue de former un gouvernement « technique ».

Luigi Di Maio, leader du parti Cinq Étoiles, a appelé à la destitution du président Mattarella : l'article 90 de la Constitution italienne permet en effet au Parlement d'exiger la démission du président, à la majorité simple, s'il est reconnu coupable de « haute trahison » ou d'« agir contre la Constitution ». En cas de vote positif, la cour constitutionnelle décide de la destitution ou du maintien. Un scénario qui semble hautement improbable : le Président Mattarella est un ancien juge de la Cour constitutionnelle.

Et après ? Les scénarios envisageables

Si effectivement Carlo Cottarelli forme un gouvernement, ses chances de remporter le vote de confiance du Parlement sont infimes, pour ne pas dire inexistantes. Le Président sera alors vraisemblablement contraint de convoquer des élections anticipées, le Premier ministre restant en fonction jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement soit formé. De telles élections anticipées auraient lieu au plus tôt en septembre.

Le résultat de ces élections est très incertain, aucun parti ne semblant pouvoir obtenir de majorité. Les partis pourraient donc être tentés de former des alliances différentes de celles de mars dernier. La durée de l’alliance de circonstance ayant cours aujourd’hui entre la Ligue (Lega) et le mouvement 5 étoiles (M5S) reste par exemple inconnue.

Elections anticipées : deux projections


Possibilité n°1 : un parti ou une coalition pro-euro regagne la majorité et est capable de former un gouvernement. Ce serait bien sûr un résultat très favorable pour les marchés et une issue heureuse à la crise actuelle.

Possibilité n°2 : l'un des partis anti-euro (M5S / L) ou une nouvelle coalition des deux emporte la majorité et forme un gouvernement. Il sera alors difficile pour le président Mattarella de s’opposer une nouvelle fois à la formation d'un gouvernement populiste.
Ce résultat pourrait néanmoins déboucher sur une issue « favorable » si le nouveau gouvernement acceptait de mettre en œuvre un programme qui ne s'oppose pas de manière frontale à la « règle de l'équilibre budgétaire » italienne*. Il faudrait que le parti ou la coalition eurosceptique accepte d’édulcorer suffisamment leur programme pour qu’il devienne acceptable pour le reste de la zone euro : il y aurait certes un peu de stimulation budgétaire à court terme, mais la dette publique resterait sur une trajectoire soutenable.
Un résultat beaucoup moins favorable ne peut être exclu : la confrontation entre le nouveau gouvernement et l'Europe entraînerait alors une nouvelle crise de l'euro.
Nous pensons que, jusqu’à la fin de l’année, les marchés s'ajusteront en temps réel à l'évolution de la situation politique italienne. Une attitude dont les effets se ressentiront dans la volatilité de l’euro et les spreads d’Etats des pays d’Europe du Sud… ainsi que dans le rythme de resserrement de la politique monétaire de la BCE.

Notre positionnement sur le marché italien

Obligations italiennes


Notre point de vue sur les obligations souveraines italiennes était et reste prudent. Notre vision négative sur la dette de l'Italie est motivée par la faible dynamique de croissance économique du pays et une soutenabilité de la dette qui reste fragile.

Nous avons encore réduit lundi notre exposition à l’Italie dans les fonds obligataires, en vendant des obligations de maturité courte.

Dans nos fonds actifs, nous sous-pondérons les obligations italiennes par rapport à l'indice de référence.

Nous pensons que la prime de risque élevée actuelle et la volatilité des obligations italiennes devraient se maintenir, conséquences d’un discours euros-sceptique et de dérapages budgétaires potentiels.

Une mise en œuvre partielle du programme provisoire des MS5 et LN en matière de politique budgétaire pourrait en effet conduire à une augmentation sensible des déficits et dette publics. Cela remettrait également au premier plan le risque de dégradation de la notation des crédits souverains.

Actions italiennes

Notre point de vue sur les titres italiens était et reste prudent. Nous nous attendons à une poursuite de la volatilité, tandis que la performance restera étroitement liée à l’actualité politique.

Outre les turbulences politiques, les actions italiennes devraient être également pénalisées par la forte concentration de l'indice boursier sur 3 secteurs particulièrement dépendants de l’activité domestique du pays.

Les secteurs « banque », « énergie » et « utilities » représentent 72 % de l’indice MSCI Italien et les prévisions de résultats de ces derniers pourraient être revues à la baisse.


*Le Président a le pouvoir de mettre son veto au budget en utilisant l'article 81 de la Constitution italienne, qui introduit un « principe d'équilibre budgétaire », et l'article 97, qui stipule que « les administrations publiques, conformément au droit communautaire, doivent assurer l'équilibre budgétaire et la viabilité de la dette publique ».