La veille un sentiment d’inéluctable régnait. Ses effets sur les marchés italiens, amplifiés par un sérieux asséchement de liquidité, avaient été délétères. L’option d’un retour aux urnes des électeurs avant la fin de l’été, avec comme résultat une consolidation de la position majoritaire du couple populiste formé par 5 Etoiles et la Ligue, est apparue hier comme n’étant pas incontournable. D’autres possibilités apparaissent, sur fond de signes (certes encore faibles) de déplacement des positions des différents protagonistes. La Ligue durcit le ton, observant des sondages favorables et voulant donc un retour aux urnes, alors que 5 Etoiles temporise, en mettant en avant son côté responsable (on connait le côté « attrape-tout » du mouvement) et en paraissant beaucoup « moins chaud » pour de nouvelles élections à une date rapprochée. Dans ce contexte, le Président Mattarella se dit prêt à la patience et attend une nouvelle proposition commune des deux partis. Et pendant ce temps, le Premier ministre pressenti, Carlo Cottarelli, patiente, la liste des membres de son éventuel Cabinet dans sa poche et l’espoir d’obtenir éventuellement la confiance du Parlement dans un coin de sa tête. On le perçoit, la coalition 5 Etoiles – Ligue pourrait ne pas être durable et alors le choix des possibles d’apparaître à la fois assez large et potentiellement plus acceptable aux yeux des investisseurs.

D’autres signaux valaient la peine d’être repérés hier. Dans quelles mesures font-ils sens pour le marché ? Il y a d’abord la politique commerciale des Etats-Unis. Il semble bien qu’elle entre dans un nouveau moment de durcissement. Bien sûr, cela ne préjuge pas de ce que l’atterrissage sera, tant les zigzags sont permanents depuis quelques temps ; il n’empêche que l’instant présent est de ceux qui envoient un mauvais message. La Maison Blanche reprend l’approche développée en mars dernier et annonce trois mesures visant les relations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis : augmentation des droits de douane sur 50 milliards de dollars de marchandises chinoises achetées par les Etats-Unis, une limitation aux investissements chinois aux Etats-Unis et une plainte déposée auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Elle en ajoute même une quatrième : un contrôle renforcé des exportations. L’Europe est aussi « dans le collimateur » ; sans oublier les partenaires de l’ALENA que sont le Canada et le Mexique. Il est très probable que la décision d’augmenter les taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium en provenance des pays concernés sera prise et annoncée demain. On peut évidemment se rassurer en disant que tout ceci a déjà été pris en compte et qu’il est normal que les marchés ne réagissent pas. Il n’empêche qu’on ne peut pas à la fois faire preuve de vigilance face à des indicateurs conjoncturels décevants et s’interroger sur le moment de la fin de la phase haussière du cycle et ne pas être alors préoccupé par les développements à même de renforcer ces interrogations.

Ensuite, il aurait fallu noter le chiffre étonnant de l’inflation allemande de mai. Le consensus s’attendait à un glissement sur un an de l’indice d’ensemble des prix à la consommation de 1,8% (une hausse sensible après le +1,4% d’avril) et on se retrouve avec +2,2%. Qui plus est, le chiffre espagnol envoie un message similaire. La principale explication est assurément le coût de l’énergie. Y a-t-il aussi autre chose ? Sans doute pas ; notre modèle envoyait un message plus marqué que ce qui était prédit par le consensus. Attendons toutefois les chiffres français et de la Zone Euro aujourd’hui et le détail, avec les indices « cœur » un peu plus tard, pour avoir une compréhension complète. On reste sans doute dans la logique anticipée du double phénomène d’accélération, puis de ralentissement. Mais la question de l’ampleur exacte des mouvements est posée. Elle ne peut laisser le marché indifférent. Surtout quand le prix du pétrole repart à la hausse, comme il l’a fait hier.

La volatilité des marchés, la politique, le commerce international et l’inflation ; rien que des thèmes qui impactent la croissance économique. L’OCDE nous a dit hier qu’elle se portait bien, avec une tendance légèrement haussière au niveau mondial (+3,8% en 2018 et +3,9% en 2019, après +3,7% en 20107) ; mais qu’il fallait être attentif à un certain nombre de risques. Lesquels ? La liste ressemble de beaucoup à celle-là !