Toujours pas beaucoup de précisions sur la politique économique italienne

Au cours de la séance d’hier, les taux sur les titres d’Etat italiens à 2 et 10 ans ont augmenté de respectivement 28 et 27 centimes. Dans l’absolu, on a envie de considérer cela comme de gros mouvements. Il faut cependant garder à l’esprit que les variations journalières ont été très fortes sur la période récente. Selon des calculs de Deutsche Bank, la moyenne sur les sept dernières séances a été de 65 centimes pour le taux à 2 ans. De quoi conclure à une certaine remontée des préoccupations sur le risque souverain italien, mais pas plus. Le point est plutôt confirmé par l’évolution de l’écart de taux à 10 ans entre l’Italie et l’Allemagne. Il a augmenté de 26 centimes hier à 236pdbs. On reste toutefois en-deçà du niveau de 287pdbs enregistré le mardi de la semaine dernière. Mais sans surprise l’augmentation de la différence, enregistrée hier, a poussé la bourse de Milan à la baisse (-1,18%).

C’est évidemment le discours de politique générale du Premier ministre Conte devant le Sénat, qui est à l’origine de ces mouvements de marché. Avant de mettre en exergue les points les plus importants, notons que la confiance au nouveau gouvernement a été votée par 171 sénateurs sur 315. Sauf à se tromper, 2 membres de la majorité auraient donc décidé de se démarquer de leurs partenaires. Sur le fond que noter ? Les priorités n’ont à priori pas changé par rapport au « programme de gouvernement » connu depuis quelques semaines. C’est la hiérarchie entre celles-ci que les marchés cherchent à saisir. A en croire les commentaires de presse, la lutte contre l’immigration et le revenu universel (appelé revenu citoyen) seraient en tête de liste. La réforme de la fiscalité, avec l’introduction de la flat tax, viendrait ensuite. Le « détricotage » de la dernière réforme des retraites n’aurait pas été mentionné. Au-delà des réformes, l’ambition est de faire en sorte que la croissance italienne rejoigne celle de l’Europe ; ce qui permettra de réduire le ratio dette publique/PIB. La référence à l’Europe est bien sûr intentionnelle. L’Italie est membre de l’UE et a comme ambition de la renforcer. La mention, on le voit, n’est pas la Zone Euro. L’appartenance à la monnaie unique a toutefois été évoquée par le nouveau Premier ministre plus tard dans la soirée lors d’une autre allocution. Pour préciser que la remise en cause n’avait jamais été discutée.

Tout ceci est encore bien vague et il n’est pas sûr que le remake du processus d’adoubement parlementaire aujourd’hui devant la Chambre basse du Parlement apporte les clarifications qu’on attend. On comprend que la relance budgétaire aura lieu et que pour ce faire le gouvernement va essayer d’obtenir des marges de manœuvre par rapport aux règles bruxelloises. D’où la vigilance des marchés. Sans qu’on ait pour le moment de précisions sur l’ampleur et le calendrier des mesures envisagées. Avec quelles réactions de la part des institutions de l’Union ?

Restons en Europe avec deux autres points d’attention. En Espagne, les informations sur la formation du gouvernement Sanchez sont positives, au moins dans une perspective de marché : volonté de soutenir le Président français afin de pousser à davantage d’intégration de la Zone Euro et nomination de personnalités très pro-européennes à des postes-clé (Borell aux Affaires Etrangères et Calvino à l’Economie). A Francfort, la logique des rumeurs, dans la perspective du Conseil des gouverneurs de la BCE de la semaine prochaine, se met en place. L’annonce de la fin du programme de QE et de ses modalités pourrait être faite à cette date. La justification proviendrait du nouveau jeu de prévisions du staff, publié en même temps. Evidemment, le contrepoint est mis en exergue dans la même dépêche d’agence : l’environnement reste incertain et pousse à attendre que les choses se clarifient. Au final, on n’est pas très avancé.

Ailleurs dans le monde, notons trois choses. La Chine fait une ouverture aux Etats-Unis dans le cadre de discussions commerciales qu’on sait être compliquées ; Washington dit préférer des accords bilatéraux avec le Canada et le Mexique au maintien de l’Accord de Libre-Echange Nord-Américain ; il se confirme que l’Administration Trump cherche à ce que certains producteurs de l’OPEP « compensent » les quelque 1Mbj de pétrole brut qui sortiraient du marché international suite à la baisse des exportations de l’Iran. De quoi conclure que les relations commerciales internationales restent très difficiles à lire et que les Etats-Unis ne souhaitent pas un prix du pétrole trop élevé.