A défaut de volatilité sur les grands marchés d’actions (le VIX et le V2X, les volatilités implicites sur les bourses américaine et de la Zone Euro, restent à un bas niveau), il y a eu de la nervosité aux Etats-Unis sur le marché des titres d’Etat américains. En quelques minutes, vers 19h00 heure de Paris hier au soir, le taux à 10 ans est passé de 2,94% à 2,88%. Une situation de marché compliquée au Brésil (baisse des actions et de la devise, accompagnée de tensions sur les taux d’intérêt, sur fond de ralentissement de la croissance et de tensions sociales et politiques), dans un contexte de positionnement vendeur des opérateurs sur les T bonds américains, serait la principale explication à ce décrochage. Ce matin, le marché a ouvert avec un niveau du taux à 10 ans à nouveau proche de 2,94%. Peut-être que les opérateurs ont été favorablement impressionnés par la volonté, exprimée par le gouverneur de la banque du Brésil, de défendre le real et ont donné du sens à la hausse surprise du taux directeur en Turquie.

Ailleurs dans le monde, les marchés actions sont actuellement à la baisse en Asie. La raison serait à rechercher dans la crainte que le sommet du G7 qui s’ouvre aujourd’hui se passe mal et dans les interrogations sur les conséquences de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un. Commençons par dire deux mots sur ce deuxième point. La question centrale pour les pays asiatiques est sans doute la suivante : quel est le prix à payer pour que la Corée du Nord ne menace pas les Etats-Unis de ses armes nucléaires ? Des Américains moins présents militairement en Corée du Sud, voire ailleurs en Asie ? Le sujet ne peut laisser indifférent les premiers intéressés. Passons au premier point. Comment ne pas avoir noté hier, au travers des commentaires des uns et des autres, que les différents en matière de politique internationale s’exprimaient aussi sous la forme de critiques plus personnelles ? Si la forme n’est plus un facilitateur du fond, il y a ici une raison supplémentaire de ne pas être très optimiste sur la capacité des leaders des grands pays développés à trouver un terrain d’entente.

Les plus optimistes d’entre les observateurs pourraient être tentés de marquer un contrepoint : querelles ente alliés versus compromis entre adversaires stratégiques. N’a-t-on pas l’impression qu’aux tensions entre alliés (Etats-Unis contre Canada et Europe, avec le Japon au milieu) s’oppose un certain apaisement dans les relations sino-américaines ? Comme si annoncer plus d’achats de produits made in USA suffisait à calmer les colères d’Uncle Don. Sans doute devrait-on rester un peu prudent en la matière. Certes, le Président Trump est sensible aux chiffres du commerce bilatéral. Et la Chine, économie encore dirigée, a les moyens de décider de s’approvisionner davantage aux Etats-Unis. Il n’empêche que le thème d’une Chine aux pratiques commerciales déloyales reste très présent dans l’aile la plus dure du Cabinet américain sur ce sujet (Lighthizer, Navarro et Ross). De plus la Chine ne donne pas l’impression de vouloir céder sur la nécessité de combler son retard technologique et sur les moyens d’y arriver.

Un dernier élément doit être retenu au nombre des mouvements récents observés sur les marchés. Le marché des titres d’Etat italien reste agité. Ainsi le taux à 10 ans a fait en séance un aller- retour de 2,47% - 2,31% - 2,47%. Il y a évidemment en toile de fond les ambiguïtés du nouveau gouvernement. Les réformes-phares les plus coûteuses pourraient être repoussées ; mais un certain volontarisme industriel chercherait à « inciter » les entreprises à soutenir les initiatives gouvernementales.

Quelques jours avant les réunions importantes que la Fed et la BCE doivent tenir (respectivement les mercredi et jeudi de la semaine prochaine), à la fois ce jeu de miroirs entre différents segments géographiques des marchés de capitaux et cet environnement politique et géopolitique compliqué, pour dire le moins, sont des éléments à retenir. Ils incitent plutôt à une certaine prudence ; ce qui ne veut pas dire que le cap de politique monétaire doit être revu. Tiens ; on dirait que c’est la BCE qui s’exprime !