1.La messe est dite, sauf énorme surprise.

La Fed se réuni aujourd’hui et demain et devrait annoncer une hausse de 25pdb des Fed Funds demain soir. Le marché en est sûr à presque 90%, et les 97 économistes interrogés par Bloomberg sont tous d’accord.

2.Problème sur le marché monétaire

Et pourtant, les annonces de politique monétaires pourraient être beaucoup plus subtiles car il y a des tensions sur le marché monétaire qui n’étaient pas anticipées par la Fed.
La Fed fixe une fourchette pour les Fed Funds (actuellement 1,50-1,75%, probablement 1,75-2,00% demain soir) et vise le milieu de la fourchette pour les Fed Funds effectifs.

Mais ces Fed Funds effectifs ne sont plus au centre de cette fourchette, ils migrent vers le haut. Au lieu d’être 12,5pdb base en dessous de la fourchette haute, ils ne sont plus que 5pdb. C’est un signe de stress sur le marché monétaire qui rappelle les tensions sur le Libor il y a quelques mois.

Une solution de court terme est de changer le taux payé par la Fed pour les réserves des banques. Les minutes de la dernière réunion y faisaient allusion. En réduisant le taux des dépôts, la Fed inciterait les banques à revenir proposer leurs liquidités sur le marché monétaire.

3.On ne peut pas contrôler les volumes et les prix en même temps sur un marché

Plus fondamentalement, la tension vient de l’utilisation de deux instruments de politique monétaire en même temps : la réduction du bilan qui joue sur le volume de liquidités disponibles et les Fed Funds qui fixent le prix de ces liquidités. Faire les deux en même temps est complexe. 
La Fed a annoncé le rythme de la réduction de son bilan mais n’a pas donné de limite de temps. Elle a simplement dit qu’elle arrêterait lorsque les conditions de liquidité sur les marchés seraient tendues. Bien sûr nous n’en sommes pas à ce point encore, mais la hausse impromptue des Fed Funds est peut-être le signe que la limite est beaucoup moins loin que beaucoup ne l’anticipent.

Il y a deux options pour la Fed, qui changeraient fondamentalement le comportement de la courbe :
-La Fed doit réduire son bilan de 30 milliards en juin, un rythme qui s’accélèrera jusqu’à 50 milliards par mois à la fin de l’année. La première option serait donc de revenir sur un rythme de réduction plus modeste, voire d’arrêter la réduction du bilan pour rester cohérent avec l’objectif de Fed Funds. Dans ce cas les taux longs resteraient très bien tenus par la Fed, la courbe s’aplatirait encore plus.
-La deuxième option est inverse : continuer la réduction du bilan et laisser les taux longs s’ajuster, mais arrêter les hausses des Fed Funds. Dans ce cas la courbe pourrait se repentifier fortement.

Nous n’en sommes pas encore là. Les signes de stress sur le marché monétaire restent limités et peuvent être traités avec des expédients (taux sur les dépôts par exemple). Mais le débat sur la réduction du bilan, qui semblait renvoyé aux calendes grecques, est probablement beaucoup plus près de nous.

L’économie américaine à plein régime :
Le NFIB, enquête d’opinion sur les petites entreprises américaines, publié hier est assez impressionnant. La question sur la croissance (« good time to expand ») est au plus haut historique, largement plus haut que lors des précédents cycles.
A noter aussi que la question sur les prix a très nettement augmentée depuis le début de l’année dernière. C’est un signe de plus que les pressions inflationnistes pourraient être plus marquées qu’on ne le pense.

C’est aussi cohérent avec les chiffres d’inflation, publiés hier : une progression de 2,5% à 2,8% en mai comme attendu alors que l’indice sous-jacent passe de 2,1% à 2,2%. Les différentes Fed ont des modèles d’inflation qui donnent un message similaire : l’indice des prix « inertes » de la Fed d’Atlanta par exemple est aussi monté à 2,2% alors que l’indice « trimmed » de la Fed de Cleveland était à 2,8%.

Le message est simple : une grande partie de l’accélération de l’inflation est due au prix de l’énergie, mais les pressions sous-jacentes sont aussi en train de monter lentement.
D’après notre modèle l’inflation devrait passer au-dessus de 3% cet été.

Le ZEW s’effondre, mais …
Le ZEW est un indice de confiance allemand très commenté. Il a très fortement baissé à la fois dans sa composante « conditions présente » et dans sa composante « attentes ».
Nous on aime les chiffres, alors on a vérifié l’intérêt du ZEW :
-La composante « conditions présentes » est plus corrélée avec le niveau d’activité du mois précédent. Donc cet indicateur soi-disant avancé est surtout utile pour prévoir le passé.
-depuis 1999, la composante « attentes » a une corrélation négative avec la croissance du PIB.
Bref : vous pouvez oublier le ZEW !

Intelligence artificielle :
Part des start-up spécialisées dans l’intelligence artificielle crées en 2017  :
Chine : 48%
Etats-Unis : 38%
Autre : 13%

Source : CB insights