Le marché paraît plutôt avoir considéré que la Fed, la banque centrale américaine, a été un peu plus « dure » que prévue au sortir de son comité de politique monétaire (FOMC). L’indice S&P 500 de la bourse de New York a terminé la séance un peu plus bas qu’avant la publication du communiqué de la Fed. Pour les taux longs et le dollar ce fût un peu plus haut.

En fait, le marché s’est surtout focalisé sur les dots, les projections du niveau du taux directeur en fin d’année de chacun des membres du FOMC. Et la médiane de ces projections d’être revue à la hausse par rapport aux projections de mars dernier : de 2,1% à 2,4% pour 2018 et de 2,9% à 3,1% pour 2019. Les niveaux projetés à fin 2020 et sur moyenne période restent inchangés à respectivement 3,4% et 2,9%. Comment ne pas être tenté de déduire que l’hypothèse la plus probable est qu’il y aura quatre hausses de 25 centimes du taux directeur cette année, et non pas trois ? En revanche, il y en aurait toujours trois l’année prochaine.

« La messe est-elle pour autant dite » ? Rappelons le débat ouvert en mars dernier après la publication du précédent jeu de projections des membres du FOMC. La position du marché avait été de considérer que, certes la projection médiane du niveau du taux directeur à fin 2018 impliquait trois hausses sur l’année, mais qu’il suffisait qu’un seul policymaker revoie à la hausse sa vue pour que le message envoyé par la médiane pointe quatre relèvements en 2018. Eh bien on en est là ; quelqu’un au sein du comité a changé de position. Le message envoyé est-il très fort ? Je dirai plutôt non à deux titres. D’abord, on ne sait pas si le membre en question vote ou pas cette année (si tous les gouverneurs participent au vote à chaque fois, les Présidents de district ne le font qu’avec un système de rotation sur une base annuelle). Ensuite, l’ajustement du message envoyé par cette médiane n’est pas le produit d’une vue consensuelle large au sein du FOMC.

Regardons maintenant du côté du contenu du communiqué et de la conférence de presse. Deux points me semblent importants. D’abord, Jerome Powell, le Président de la banque centrale, a indiqué clairement que le FOMC était simplement engagé dans un processus de normalisation de sa politique, même si les dots suggèrent un niveau de taux directeur au-delà du taux neutre (celui de moyen terme) à fin 2019 et encore à fin 2020. Il ne semble pas vouloir envoyer le message que l’ajustement de la politique monétaire consisterait à suivre le chemin tracé par les dots. Ensuite, le FOMC a décidé de retirer de son communiqué la phrase pointant que « le niveau du taux des fonds fédéraux restera probablement encore pour quelques temps en-deçà de celui attendu à moyen terme ». Quel sens faut-il donner à ce retrait ? La réponse de Powell est très simple : d’ici à-peu-près un an, le taux directeur sera proche du niveau exprimant la neutralité. N’est-ce pas d’ailleurs la vue du marché qui, à aujourd’hui, n’envisage pas un taux directeur au-delà de 2,75% ? Le niveau serait atteint avant la fin 2019 et se maintiendrait en 2020.

Comment ne pas au final considérer que, si le marché se passionne pour les dots, ce n’est pas pour autant qu’il les suit !

Finissons par un point de communication. Powell tiendra une conférence de presse après chaque FOMC. Cela permettra sans doute de faire passer les messages du collectif formé par les membres du FOMC de façon plus fréquente et à ce titre peut-être aussi de façon plus claire. Le marché va-t-il se mettre à suivre de moins près les prises de parole individuelles des différents membres ?

Passons à la Chine. La batterie de statistiques économiques, publiée ce matin, envoie le message d’un certain ralentissement de la croissance. De plus, il apparaît que c’est demain que les Etats-Unis vont annoncer le détail de la décision d’augmenter les droits de douane sur les importations chinoises. Cela pourrait énerver la Chine, pour reprendre les mots du Président Trump ! Dans ce double contexte, la politique économique se doit d’être plutôt accommodante. De fait, le taux des reverse repo de la banque centrale n’a pas suivi à la hausse celui du taux américain des fonds fédéraux.

Finissons en rappelant que le Conseil des gouverneurs de la BCE se réunie aujourd’hui. Le marché s’attend que d’une façon ou d’une autre l’indication d’un arrêt du programme de QE à la fin de l’année soit donnée.