Escalade dans les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis et crise des migrants qui fragilise Angela Merkel ; autant de points d’attention qu’on ne peut pas éclipser sur les marchés.

Sans surprise, la Maison Blanche a annoncé vendredi dernier accroître de 25% les droits de douane sur une série de biens importés de Chine. Dès le 6 juillet prochain, 818 « lignes » de produits, représentant une valeur de 34 milliards d’USD, seront concernées. Un peu plus tard, le temps de finaliser la procédure de consultation publique, la démarche sera élargie à 284 nouvelles lignes, pour une valeur de 16 milliards. On retrouve bien le montant de 50 milliards, évoqué par le Président américain est son entourage. Et le premier d’« agrémenter » la décision d’un avertissement : d’autres mesures suivront en cas de représailles par les autorités chinoises.

Et que croyez-vous que celles-ci firent ? Ils décidèrent de calquer leur réponse sur l’initiative américaine : mêmes montants et mêmes calendriers. Seul le contenu diffère : avant tout des biens intermédiaires et d’équipement, du côté de la décision américaine et produits alimentaires et énergétiques, du côté de la réponse chinoise.

L’impact « comptable » en termes de croissance économique ne doit pas être très important. Sans doute, quelques petits dixièmes de points de PIB de part et d’autre. Qui plus est dans un environnement caractérisé aux Etats-Unis par des initiatives de baisse des impôts et de dérèglementation et en Chine par une capacité à mettre en œuvre des mesures de relance. Bref, la croissance économique n’est pas Hic et Nunc à risque. D’accord, mais quid de demain ? Doit-on craindre une escalade des mesures de restriction aux échanges bilatéraux ? Faut-il redouter un élargissement aux relations commerciales avec d’autres zones ? En termes de formation des anticipations, l’environnement n’est pas des plus favorables. Avec quelles implications sur les décisions des entreprises (projets de développement) et des investisseurs (comment l’environnement va-t-il évoluer ?).

La Chancelière allemande fait face à un ultimatum de son ministre de l’Intérieur, par ailleurs leader de la CSU, la formation démocrate-chrétienne de Bavière, Horst Seehofer : durcir la politique d’asile ou alors les équipes de son administration refouleront les demandeurs d’asile enregistrés dans d’autres pays, mais refusés ou ne disposant pas de papiers en règle. La deuxième solution se traduirait par le renvoi du ministre et pourrait ouvrit la porte à une crise gouvernementale, avec une mise en minorité d’Angela Merkel au Bundestag. Celle-ci va essayer de trouver une solution. On parle de « trouver des accords bilatéraux » avec les pays voisins. C’est à ce niveau qu’un feu orange se met à clignoter pour les investisseurs. Quelles contreparties vont être demandées par la Grèce et l’Italie ? Un abandon des créances pour le premier pays et un assouplissement des règles budgétaires pour le second ? Dans ces conditions, comment les Chefs d’Etat et de gouvernement vont-ils réussir lord du Conseil européen des 28 et 29 juin à se mettre d’accord, pour prendre des mesures de plus grande intégration de la Zone Euro ?

Prenons maintenant une focale plus courte. Quatre points méritent l’attention des marchés cette semaine :

Premièrement, le forum de Sintra, organisé par la BCE de ce soir à mercredi. Le thème est « la fixation des prix et des salaires dans les économies avancées ». C’est évidemment un vrai sujet de fond. Est-ce pour autant que des réponses pratiques seront avancées ? En dehors de la perspective d’un bon débat académique, on ne s’attend pas à des « révélations » côté politique monétaire. Tant du côté de la BCE que de la Fed (Powell et Bullard interviennent), la trajectoire de court terme est plutôt balisée clairement.

Deuxièmement, l’OPEP se réunit à Vienne vendredi et samedi. On sait que l’Arabie saoudite et la Russie sont désireux d’augmenter de 1,5Mbj la production de pétrole brut de l’organisation. Et, de derrière, les Américains poussent dans ce sens. Mais, l’Iran et le Venezuela, peut-être rejoint par l’Irak, s’opposent à la mesure. Comment à la fois produire plus et garder l’unité de l’organisation ?

Troisièmement, la Banque d’Angleterre réunit son comité de politique monétaire jeudi. Si aucune décision n’est attendue, on guettera les signes du maintien d’une volonté d’augmenter le taux directeur d’ici à la fin de l’année. L’environnement politique est si compliqué, avec un impact pas très favorable sur l’économie, que proposer une perspective n’est en rien évident.

Quatrièmement, la première estimation du PMI de la Zone Euro (et aussi de l’Allemagne et de la France) pour le mois de juin sera connue vendredi. Vont-ils indiquer une stabilisation de la croissance économique ? Le marché le souhaite.