Tout ce que la planète finance compte d’économistes fait tourner ses modèles ou se lance dans des calculs de coin de table pour tenter de mesurer l’impact des mesures prises ou envisagées sur la croissance du PIB des deux protagonistes. En soulignant que les quantifications proposées sont plus nombreuses pour la Chine que pour les Etats-Unis (tout au moins à ce que j’ai observé), le choc négatif serait de l’ordre de 0,3 à 0,5% dans le cas chinois à un horizon d’un an et de 0,2% dans le cas américain. On retrouve ici un écho de la posture de la Maison Blanche : la Chine a plus à perdre.

Disons-le simplement ; l’approche n’est pas très convaincante. Bien sûr, on ne sait pas très bien comment les calculs ont été faits. Il me semble que, au-delà des effets-prix induits par les hausses de taxe, trois enchainements doivent être gardés à l’esprit. D’abord, les affaires que les entreprises américaines font en Chine ne s’appréhendent pas uniquement au travers des importations (en gros 130 milliards d’USD par an). Il faut aussi prendre en compte les ventes effectuées par les entreprises installées dans le pays. On peut les estimer à un peu moins de 300 milliards. Bref le « terrain de jeu » en matière de mesures de rétorsion à prendre par Pékin est plus large que souvent considéré. Ne se compare-t-il pas, tout bien pris en compte, aux 500 milliards d’importations chinoises aux Etats-Unis ? En sachant qui plus est que les autorités chinoises « s’y entendent » pour organiser des campagnes de boycott efficaces. Ensuite, en termes de croissance économique, la capacité de la Chine à mettre en place rapidement des mesures de relance est probablement meilleure que celle des Etats-Unis. D’ailleurs, et sans surprise, les propos récents du gouverneur de la banque centrale vont dans ce sens. Enfin, les mécanismes de confiance vont assurément jouer un grand rôle dans les implications économiques et financières de la tension commerciale sino-américaine. Avec quelles implications sur l’économie réelle au travers des questionnements sur l’opportunité de lancer tel ou tel projet et quelles autres sur les marchés de capitaux, intermédiées à la fois par les interrogations sur la croissance et aussi par l’impression que dorénavant les banques centrales américaine et européenne sont dorénavant moins à la manœuvre ?

Revenons-en aux menaces du Président Trump. Proposons l’explication suivante : il sait pertinemment que la Chine ne peut pas répondre à ce qui serait une deuxième salve d’alourdissement des droits de douane (100 milliards donc après les 50 milliards déjà ciblés). La Chine n’exporte pas pour 150 milliards d’USD vers les Etats-Unis. Elle devra changer de stratégie en matière de réaction ; bref dévoiler son jeu. Et la Maison Blanche de probablement espérer que Pékin devra négocier, malgré le refus affiché jusqu’alors de la faire sous la contrainte. L’approche pourtant paraît un peu courte. On vient de le voir avec l’importance du chiffre d’affaires sur place des entreprises américaines sises en Chine. Et puis, il y a les « armes » du change et de la vente d’une partie du portefeuille officiel chinois de titres d’Etat américain ; mais à utiliser qu’en dernière extrémité. In fine, comment ne pas être convaincu que tout le monde a beaucoup à perdre ; les Etats-Unis aussi, pour ne pas dire d’abord ?

Puisqu’on parle des « guerres commerciales » de Donald Trump, gardons en tête le dossier de l’Accord de Libre-Echange Nord-Américain et celui des importations de voitures et de pièces détachées qui est présenté comme une menace pour la sécurité nationale. De nouveaux épisodes de stress pour le marché ?


 Hervé Goulletquer, Stratégiste au sein de La Banque Postale Asset Management