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Le succès croissant des placements solidaires

Le succès croissant des placements solidaires

(Easybourse.com) Encore peu nombreux il y a quelques années, les placements solidaires essaiment aujourd’hui dans les plus grands réseaux bancaires. En proposant aux épargnants d’investir dans des activités à forte utilité sociale, ils séduisent un nombre croissant de Français. A l’occasion de la deuxième semaine de la Finance solidaire qui se déroulera du 4 au 11 novembre prochains, nous vous proposons un tour d’horizon de ces produits conçus pour « épargner utile ».

Dans leur intitulé, les produits de la finance solidaire ressemblent fortement à des produits d’épargne classique : livrets, fonds communs de placement, SICAV, comptes à termes, assurance-vie, etc. La différence réside dans la finalité du placement. Les investisseurs qui choisissent de placer leur argent sur des produits financiers solidaires acceptent que leur épargne soit investie dans des activités liées à l'insertion de personnes en diffculté, à l'amélioration de l'habitat, à la protection de l’environnement ou à la solidarité internationale.

Ils acceptent également de reverser une partie des intérêts ou dividendes perçus à des organismes spécialistes du financement de ces activités (associations, institutions de micro-finance, sociétés coopératives de finances solidaires), appelés financeurs solidaires.

En 2008 en France, 379 millions d’euros ont été investis à partir des produits d’épargne solidaire. L’encours de ces produits se monte à 1,63 milliard d’euros. «Ce n’est qu’une toute petite partie de l’épargne des Français», reconnaît Guillaume Légaut, directeur de l’association Finansol, qui regroupe les financeurs solidaires. «Mais ça représente tout de même 1 500 familles logées ou relogées l’année dernière, et 25000 emplois créés.»

En privilégiant l’utilité à la rentabilité, les placements solidaires se veulent une alternative aux produits financiers classiques. Leur rendement est forcément modeste compte tenu de la dimension de partage qu’ils impliquent. «Il ne s’agit pas de perdre de l’argent. Mais il ne s’agit pas prioritairement d’en gagner. L’épargne solidaire vise avant tout à financer des activités qui ont une forte utilité sociale», explique Guillaume Légaut.

Epargne de partage ou  produit d’investissement solidaire, deux logiques différentes
La plupart des réseaux bancaires proposent aujourd’hui des produits d’épargne solidaire, même si ces derniers ne font pas toujours l’objet d’une forte promotion. Ces produits se déclinent en deux grandes familles : l’épargne de partage et les produits d’investissement solidaire.

L'épargne de partage consiste, pour l'épargnant, à faire don de tout ou partie des revenus de son placement à une œuvre d'intérêt général ayant un caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, culturel ou environnemental. Selon les critères du label Finansol, un placement de partage est un produit d'épargne dont le souscripteur reverse, sous forme de don à un organisme solidaire, au moins 25 % des revenus générés.

La plupart du temps, le choix est laissé à l’épargnant du pourcentage de ses intérêts qu’il souhaite reverser. Le Crédit coopératif a ainsi lancé début  2009 le livret « A comme Agir ». Il s’agit d’un livret A classique assorti d’une option de partage à hauteur de 25%, 50%, 75% ou 100% des intérêts annuels distribués à l’épargnant. L’objectif de ce livret étant de financer le logement social en France, les intérêts sont versés à l’association Habitat et Humanisme, bénéficiaire unique de ce placement. Cette association a pour vocation le maintien ou le relogement de familles en situation d’exclusion dans les centres-villes.

Certaines banques ont même créé des cartes bleues solidaires, qui permettent d’effectuer un don à chaque retrait en distributeur automatique. Contrairement aux livrets de partage, le don est ici effectué par la banque, sans incidence sur le compte du client, si ce n’est la cotisation annuelle un peu plus élevée que pour une carte de retrait classique.

Les produits d’investissement solidaire consistent à investir un capital dans des activités à forte utilité sociale, sans forcément s’engager à reverser les intérêts de ce capital. On trouve dans cette catégorie des OPCVM (SICAV ou FCP), des livrets d’épargne et des produits d’assurance-vie. Par exemple, Natixis Asset Management a lancé en mars 2009 un fonds commun de placement baptisé Emplois Sérénité qui investit une partie de ses actifs (entre 5 et 10% de l’encours) dans l’achat de parts de la Société d’Investissement France Active (SIFA). La SIFA finance des entreprises d’insertion par l’activité économique en France. 

Ce genre de fonds est parfois appelé fonds 90/10 en référence à la proportion d’investissement dans des entreprises solidaires (10%) par rapport au reste de l’encours (90%). Les entreprises solidaires sont par définition non cotées, tandis que le reste du fonds est généralement placé dans des valeurs boursières dites « éthiques ». Par conséquent, il est exposé aux fluctuations des marchés financiers, même si les actifs solidaires jouent un rôle d’amortisseur à la hausse ou à la baisse.

L’épargne salariale, un marché prometteur pour la finance solidaire
L’un des principaux vecteurs de la finance solidaire aujourd’hui réside dans l’épargne salariale, et les fonds communs de placement d’entreprise solidaires (FCPES). Au nombre de 53, ces fonds qui fonctionnent sur le mode 90/10 (cf supra) ont récolté quelque 550 millions d’euros au premier semestre 2009, selon l’Association française de gestion financière.

Comme tous les autres fonds communs de placement d’entreprise (FCPE), ils sont alimentés par la participation, l’intéressement, les versements libres des salariés et l’éventuel abondement de l’entreprise (voir notre fiche pédagogique sur l'épargne salariale).

Les salariés peuvent être plus facilement tentés par l’épargne solidaire dans la mesure où celle-ci leur est proposée dans le cadre d’un plan d’épargne d’entreprise (PEE), considéré comme un complément à une épargne classique. Afin d’encourager le développement de la finance solidaire via l’entreprise, la loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 a prévu que toute société qui mettra en place un PEE à compter du premier janvier 2010 devra proposer au moins un FCPES à ses salariés. Les autres pourront convertir leurs fonds d’épargne salariale classique en FCPES.

«Cela va donner un nouvel essor à la finance solidaire», reconnaît Guillaume Légaut.

Des placements à la fiscalité avantageuse
L’ensemble des placements solidaires bénéficie d’une fiscalité avantageuse. Les dons générés par l’épargne de partage peuvent être déduits à hauteur de 66% de l’impôt sur le revenu, quant aux plans d’épargne salariale solidaire, ils sont exonérés d’impôts à condition d’être bloqués cinq ans dans le cadre d’un plan d’épargne entreprise et jusqu’à la retraite pour un plan d’épargne pour la retraite collectif (PERCO).

Avant de choisir son placement solidaire, un petit tour est recommandé sur le site de Finansol (www.finansol.org). L’association y présente les 102 placements qu’elle a labellisés en fonction de critères de collecte et d’utilisation des ressources.  On y trouve également une liste des principaux financeurs solidaires.

François Schott


Publié le 30 Octobre 2009

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