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La lente agonie de la population japonaise

La lente agonie de la population japonaise

(Easybourse.com) L'économie japonaise souffre d'une démographie en berne et qui, lentement, modifie son économie. Pour les démographes, le Japon pourrait perdre près du tiers de sa population dans une quarantaine d'années.

Le Japon détient le triste record de la nation la plus vieillissante de la planète. Les chiffres sont éloquents. La population japonaise est en chute libre depuis 2004 à raison de 180 000 personnes par an. Outre le départ des ressortissants étrangers qui ont perdu leur emploi avec la crise (47 000 personnes ont quitté le pays), les japonais font peu d'enfant. Avec 7,41 enfants pour mille habitants, le renouvellement de la population n'est plus assuré (1,3 enfant par femme). Les conséquences sur la pyramide des âges sont graves. Le pays doit compter 165 000 jeunes de moins de 14 ans en moins chaque année, tandis que près de 800 000 personnes rejoignent les rangs des plus de 65 ans. D'après les

Combien de temps la consommation pourra-t-elle s'appuyer sur un taux d'épargne négatif ?

démographes, la population japonaise aura baissé d'un tiers d'ici à 2050.

Les conséquences dans l'économie japonaise sont catastrophiques. Pire qu'une crise, la démographie modifie la structure économique d'un pays sur plusieurs décennies. Les effets de cette démographie dans le mode de vie des japonais sont contradictoires. D'un côté, les personnes âgées sont réputées avoir une propension à épargner plus élevée qu'un jeune couple qui fonde une famille et s'installe. Ils possèdent déjà des actifs, et sont, en principe, moins endettés. Or depuis quelques années, les Japonais sont confrontés au problème d'un taux d'épargne négatif, c'est-à-dire qu'ils puisent dans leur bas-de-laine davantage qu'ils ne les reconstituent. Face aux baisses des pensions, les retraités japonais n'ont pas eu d'autres choix pour maintenir leur niveau de vie qu'utiliser leurs actifs. «Combien de temps la consommation pourra-t-elle s'appuyer sur un taux d'épargne négatif ?» s'interroge Nobuyuki Saji l'économiste en chef de MUFG, cité par le site France Monde Express.

Une déflation dévastatrice

Ainsi, l'économie japonaise se retrouve avec une consommation atone qui a encouragé la baisse des prix. Cela fait plus de dix ans que cela dure. En avril 2010, les prix ont baissé de 1,5% sur un an dans l'archipel. Conséquence, les investissements sont en chute libre, et les capacités d'endettement s'érodent. Malgré des taux d'intérêts à 0%, les entreprises se sont retrouvées avec des taux d'intérêts réels en hausse (augmentation du coût de la dette) avec des contreparties en actifs dévalorisées. Enfin, la baisse des salaires a fait pression sur les prix et donc sur les marges.

Pour de nombreux démographes, la démographie japonaise tient surtout à des facteurs culturels. Dans un pays où la mère doit avant tout s'occuper de ses enfants, de nombreuses femmes ont fait le choix de leur carrière professionnelle. Prime à la naissance, construction de crèches, allocations familiales, le gouvernement veut inverser la tendance à tout prix. Mais avec un endettement proche de 200% de son PIB, ce défi semble insurmontable. Reste l'option de l'immigration. Là encore, c'est la culture insulaire des Japonais qui pose un frein.
Nabil Bourassi

Publié le 15 Juillet 2010