Espace International - News, articles, interviews et dossiers

Japon : le soleil se lève enfin à l'Est

Japon : le soleil se lève enfin à l'Est

(Easybourse.com) La devise japonaise flirte depuis un moment avec son plus haut niveau depuis quinze ans face au billet vert et avoisine son record en neuf ans face à la monnaie unique européenne. Les responsables nippons sont-ils impuissants face à la flambée de la monnaie nippone ? A priori oui. La hausse du yen menace-t-elle l'économie nippone ? Selon les experts que nous avons interrogés, la réponse est non. Pourquoi ? Parce que l'économie japonaise ne va pas si mal et l'embrasement du yen devrait s'estomper dans le courant de l'année 2011.

À lire dans ce dossier.

En très peu de temps, le cours du yen a connu une ascension fulgurante. Depuis le début de l'année la hausse face au dollar est de 10% (plus de 2,14% en un mois) et de près de 19% face à l'euro (5% en un mois).
Critiquées depuis plusieurs semaines pour leur manque de réactivité, le gouvernement et la banque centrale nippone ont enfin bougé ces derniers jours, mais leurs annonces n'ont guère changé la donne.
Ces autorités japonaises semblent par ailleurs avoir peu d'options sur la table pour infléchir la montée du yen. Retour sur images.

Une Banque de Japon désarmée

Le conseil des gouverneurs de la Banque du Japon (BoJ) s'est réuni en urgence, lundi 30 août, et a décidé d'élargir ses mesures d'assouplissement monétaire en augmentant les montants alloués aux prêts à taux fixe aux banques dans le cadre d'un mécanisme exceptionnel mis en place à la fin de l'an dernier, pour le porter à 30.000 milliards de yen, contre 20.000 milliards jusqu'à présent (soit de 184 à 276 milliards d'euros environ).
Elle a aussi mis en place une opération de refinancement à six mois qui vient s'ajouter aux opérations à trois mois déjà en place.
Tout cela pour "encourager un déclin des taux du marché et renforcer la souplesse des conditions monétaires". Autrement dit pour faire baisser le coût des crédits et fluidifier les circuits financiers.
Si le plus grand lobby japonais des affaires - le Keidanren -a salué l'assouplissement monétaire, pour autant nombreux sont ceux qui à l'instar de Raymond Vanderputten, économiste chez BNP Paribas, d'André Marini, président fondateur de la société de gestion Ceres AM ou encore de Evelyne Dourille, économiste du Cepii spécialisée sur le Japon d'estimer que ces mesures sont insignifiantes.
«La réaction de la banque de Japon qui était attendue n'a eu aucun effet» note Raymond Vanderputten. La devise japonaise a brièvement cédé du terrain après l'annonce des résultats de la banque centrale, avant de repartir vers ses plus hauts niveaux.
«Je ne pense pas que le gouverneur ait envie d'aller plus loin. Nous avons réellement eu le service maximum. La Banque de Japon pense qu'elle a déjà fait assez» ajoute Raymond Vanderputten.

La marge de manœuvre est surtout réduite souligne André Marini. «Il n'y a pas beaucoup de possibilité. Les taux sont à 0,10% depuis un peu plus de deux ans. Les baisser davantage ne rimerait à rien. En outre, le marché obligataire est déjà très élevé. Le taux à 10 ans est à 1%. Ils ne peuvent pas faire grand-chose de ce côté là non plus». Selon Evelyne Drouille, un rachat massif immédiat de dollars n'aurait pas eu beaucoup d'effet dès lors que les chiffres de l'économie américaine restent décevants et que les incertitudes s'accentuent sur l'orientation de la conjoncture de la première puissance mondiale.

D'après Mr Vanderputten «si les investisseurs n'ont pas tellement réagi à l'intervention de la BoJ, c'est davantage parce qu'ils ont conscience que le problème ne se situe pas au niveau d'un manque de liquidité mais d'une absence de la demande». Prêter de l'argent à des personnes qui n'en veulent pas n'a pas de sens !

Les entreprises japonaises sont en très bonne santé. «Les profits sont en augmentation et les niveaux d'endettement sont faibles. Elles sont en mesure de se financer sur le marché sans difficulté. Nous avons pratiquement tous les jours des annonces d'émissions d'obligations convertibles ou des augmentations de capital» observe André Marini. Au deuxième trimestre les investissements ont augmenté pour le troisième trimestre consécutif, de 0,5%.
«Au-delà, du fait de la force du yen, le ralentissement des exportations, et la baisse de la bourse, appellent à un certain attentisme» signale Evelyne Drouille.

S'agissant des ménages, plusieurs causes sont à l'origine de leur désertion des établissements bancaires. Tout d'abord, le niveau de richesse et le vieillissement de la population. «Lorsqu'on devient plus âgé, on dépense de moins en moins car on a peur de l'avenir et que les maisons de retraite et les soins médicaux sont très chers au Japon» explique Mr Marini.
Ensuite, le pays a entrepris une réforme du crédit à la consommation quasi mortelle pour l'ensemble du crédit à la consommation. «Cette réforme a instauré un taux d'usure maximum autour de 15%. Le particulier en difficulté n'a plus eu accès au crédit ».
Enfin, des mesures incitatives décidées par le gouvernement (des primes à la casse pour l'achat de voitures vertes, des éco points pour les produits électroménagers répondant à des critères environnementaux) ont conduit beaucoup de ménages à avancer leurs achats de biens. «Nous avons eu une consommation quelque peu artificielle. C'est la raison pour laquelle, la consommation s'est avérée forte au premier trimestre, mais plus faible au deuxième trimestre, de 0,1% seulement» constate l'économiste du CEPII.

Un plan de relance qui manque d'ambition


Afin de tenter de relancer la machine, le gouvernement a du mettre la main à la poche. Un plan de relance de 920 milliards de yens, soit 8,5 milliards d'euros a été annoncé pour. Ce plan concerne l'emploi, les investissements, l'éducation, la lutte contre les catastrophes naturelles dans les localités ainsi que des réformes réglementaires.
Mais là aussi les investisseurs n'ont que très peu réagi. «La magnitude de ce plan est assez réduite. Les comptes publics ne sont pas en excellente santé. Le taux d'endettement brut s'élève à 200% du PIB. Le taux d'endettement net, en excluant la dette des agents du gouvernement, est à 100%. Par ailleurs, le montant était déjà prévu pour relancer l'économie en cas de besoin dans le projet budgétaire pour l'année». L'effet de surprise n'était donc pas au rendez-vous.
La timidité de ce plan s'explique également par la position fragile de l'actuel premier ministre Naoto Kan dès lors que des élections ont lieu le 14 septembre prochain. Celui-ci avait mis l'accent sur la consolidation budgétaire. Il était difficile de lancer un plan plus ambitieux ayant dit que l'équilibre fiscal était important.
Le Premier ministre a par ailleurs demandé à son ministre de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie Masayuki Naoshima de mettre en place « un plan pour promouvoir l'investissement dans le pays » d'ici à octobre L'objectif serait d'investir dans l'économie les quelques 200.000 milliards de yens (1.859 milliards d'euros) qui dorment actuellement sur les comptes de dépôt des entreprises japonaises. «Ce plan me semble beaucoup plus intéressant. C'est un plan d'une très grande ampleur» considère Evelyne Drouille.
Aucune nouvelle mesure n'est à attendre du côté des autorités monétaires ou politiques. Aucune rallonge n'est à prévoir. «L'économie japonaise est actuellement principalement dépendante de ce qui se passe autour d'elle. Il n'y a aucune action que le gouvernement ne peut prendre pour influencer la demande mondiale» affirme Raymond Vanderputten.
Tout au plus, les dirigeants peuvent ils s'efforcer à stimuler la demande domestique.
C'est en partie ce qu'ils ont fait.

Au demeurant, «je ne pense même pas que la situation actuelle nécessitait un plan de relance» ajoute l'économiste de la BNP. L'économie japonaise ne va pas si mal que cela.

Le pays affichait une croissance de 1% au quatrième trimestre 2009 et au premier trimestre 2010. La croissance au deuxième trimestre n'a pas dépassé 0,1 % ce qui a permis à la Chine de le supplanter au deuxième rang des puissances économiques mais les exportations ont progressé de 23,5 % en juillet, leur huitième mois consécutif de hausse. Et les prix à la consommation ont reculé de 1,1 % en juillet sur un an. Le chômage a augmenté mais demeure à 5%. Le stock d'épargne représente environ deux fois le PIB. Le pays a un trillion de dollars (1000 milliards de dollars) de réserve de change. Une grande partie de ces réserves est placée dans les bons du Trésor américain.
L'économie a des capacités de RD solides, des implantations à l'étranger solides. Enfin, la production industrielle décélère mais reste soutenue grâce à l'exposition aux économies asiatiques. Le couple Japon Chine est très fort. Les potentialités restent donc importantes.
«L'envolée du yen démontre d'ailleurs que les investisseurs ont beaucoup confiance en l'économie japonaise, bien plus qu'en l'économie américaine. Il faut garder à l'esprit que les anticipations sur la croissance américaine ont été révisée à la baisse» rappelle Raymond Vanderputten. L'économiste table sur une croissance japonaise à 1,8% cette année.

Imen Hazgui

Publié le 02 Septembre 2010

OK, tout accepter
Fermer