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La forte envolée du yen ne doit pas inquiéter

La forte envolée du yen ne doit pas inquiéter

(Easybourse.com) C'est davantage le point de vue sur les autres grandes économies occidentales et en particulier aux Etats-Unis qui explique le rallye du yen. Et non les opérations de carry trade.

À lire dans ce dossier.

«Beaucoup anticipaient une reprise précoce de l'économie américaine autorisant une remontée du taux de la Fed dès 2010. Ce scénario ne s'est pas concrétisé.
La révision à la baisse du PIB américain et les mauvaises statistiques sur l'emploi ont changé les anticipations. C'est pour cette raison que le yen a grimpé
» développe Mr Vanderputten.

Les opérations de carry trade n'expliquent que partiellement la flambée de la devise japonaise. «En taux réel, les Etats-Unis qui ont encore un peu d'inflation sont au même niveau que le Japon qui a une déflation de 1%. Nous sommes face à des achats de précaution et non face à des achats spéculatifs» remarque André Marini.
De plus «il est bien plus intéressant d'emprunter en dollar et d'investir dans le dollar australien que d'investir dans le yen».

Le yen ne devrait pas progresser outre mesure. Nous sommes à 83. Nous pourrions aller jusqu'à 80 (contre dollar). Néanmoins, il pourrait demeurer à ce niveau élevé.

Et à ce titre, d'aucuns jugent que seule une remontée des taux aux Etats-Unis pourrait véritablement enrayer l'ascension du yen. C'est le cas de Monsieur Raymond Vanderputten. «Nous croyons au redressement de l'économie américaine même s'il se fera à un rythme lent. De ce fait, une augmentation du taux directeur de la Fed dans le courant de l'année 2011 devrait permettre un raffermissement du dollar vis-à-vis de la devise nippone. Quand bien même la Fed ne ferait rien, les anticipations des investisseurs d'un relèvement des taux suffiront à entrainer un fléchissement du yen. Nous prévoyons un yen à 114 d'ici la fin de l'année prochaine».

Pour André Marini, ce sera davantage le redressement des bourses asiatiques qui provoqueront un ajustement à la baisse du yen. «Nous sommes à des niveaux très élevés dus à une forte aversion au risque. Si les marchés vont mieux, les investisseurs auront moins peur. Le yen retournera à 90-95 contre le dollar / 100-110 contre l'euro».

Pour Evelyne Dourille,  économiste au sein du CEPII, une intervention directe des autorités sur le marché des changes n'est pas à exclure. «Il est envisageable qu'une intervention se fasse sur le marché des changes si le yen finissait par atteindre 80 contre dollar. Nous sommes à 83. Mais de toute manière la mesure ne sera efficace que temporairement, les investisseurs ayant perdu confiance dans l'économie américaine. Le gouvernement y sera invité par les milieux d'affaires afin de donner un signal fort».

En attendant, la délocalisation à moyen terme est sans doute le risque le plus sérieux auquel est confronté le Japon. 40 % des entreprises japonaises exportatrices se sont dites prêtes à délocaliser pour éviter de continuer à subir de plein fouet les effets négatifs du taux de change.
«Les entreprises sont pour le moment très hésitantes. Si le taux de change reste à 4,85, cela deviendra très intéressant pour les sociétés nippones de délocaliser une partie de leur production dans les économies asiatiques.
D'autant plus que ces économies asiatiques sont beaucoup plus dynamiques que le Japon où la population est en diminution
». C'est le sentiment des dirigeants qui sera le facteur primordial.

Toutefois ces délocalisations sont à relativiser. En premier lieu parce que la vague ne date pas d'hier. Cela fait depuis les années 80 qu'une entreprise comme Honda a implanté des centres de productions au-delà des frontières.
«Qui plus est le Japon est en période de contraction de la population. Aussi, les délocalisations auront moins de conséquences sur le chômage qu'un pays qui affiche une croissance de sa population active. Ce serait l'occasion pour le Japon de procéder à une restructuration industrielle» avance Evelyne Dourille.
Imen Hazgui

Publié le 02 Septembre 2010