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L'UE sera la grande gagnante de la crise

L'UE sera la grande gagnante de la crise

(Easybourse.com) Après un siècle de suprématie américaine sur le reste du monde, de nouvelles questions émergent. Les Etats-Unis préserveront-ils leur vitalité économique dans les prochaines décennies ? Leur suprématie militaire pourra-t-elle s'adapter au monde actuel ? Sauveront-ils le privilège du dollar, ou seront-ils finalement acculés à épargner pour survivre ?

Pour les experts de l'Institut français des relations internationales, le seul institut de l'hexagone classé parmi les 10 think tanks les plus influents dans le monde par le « Global go-to think tanks» de l'Université de Pennsylvanie, le constat dressé est clair et unanime. Les Etats-Unis demeurent la première puissance dans le monde, mais une puissance affaiblie ; la crise grecque aura été profitable à l'Union européenne dans sa construction, et les pays émergents ont vocation à occuper une place de plus en plus importante sur la scène géopolitique internationale.

Les Etats-Unis une superpuissance affaiblie

«Le monde reste profondément modelé par les Etats-Unis, mais pas uniquement par eux. La configuration multipolaire s'accentue. Aucune grande affaire du monde ne peut se régler sans un minimum d'entente d'un petit nombre de puissants» annonçait d'entrée de jeu Thierry de Montbrial, directeur général de l'Ifri.

Le président Obama reste le capitaine d'un énorme paquebot mais d'un paquebot qui vacille et qui pourrait partir à la dérive. La détérioration de la santé des Etats-Unis se veut militaire et économique.
Sur le plan militaire, la mise à mal des Etats-Unis aura été traduite par l'évolution des conflits en Irak et en Afghanistan. «Nous pouvons nous demander à quoi a servi l'écrasante superpuissance militaire des Etats-Unis lorsque l'on fait le bilan des guerres déclenchées en Afghanistan et en Irak. Nous observons nettement un enlisement des troupes américaines. Les Etats-Unis sont en train de lâcher. Aucun problème de base de ces deux régions n'est véritablement réglé» signale Thierry de Montbrial.

La crise économique et financière aura par ailleurs fait chavirer la première puissance mondiale, en particulier si nous prenons en considération son déficit jumeau : budget et commerce extérieur. «Le coût de la crise est immense en particulier sur l'emploi. L'incitation à se déclarer chômeur est nulle. Le taux de chômage réel dans le pays avoisine les 20%» fait noter Jacques Mistral, directeur des études économiques de l'IFRI, conseiller scientifique du programme sur les États-Unis.

«Jusqu'ici le pays était affranchi des contraintes économiques auxquelles était assujetti le reste du monde. Nous assistons à une normalisation économique des Etats-Unis qui deviennent de plus en plus un pays comme les autres» garantit Mr de Montbrial.

Cet affaiblissement n'est pas sans répercussion sur le plan interne et sur le plan international. Intra muros, Obama suscite un sentiment très contrasté. «Je suis étonné de voir le degré de haine que certains américains affichent ouvertement à l'égard de leur président» indique le directeur générale de l'IFRI.
Pour ce dernier, les prochaines élections américaines devraient aboutir sur une défaite des démocrates et une complexification en conséquence de la vie politique américaine avec les Tea-parties. «Il se dessine par ailleurs une tendance à la radicalisation et à un néo conservatisme larvé de la société américaine» constate Mr de Montbrial.

L'amollissement des Etats-Unis n'est pas non plus sans répercussion au-delà des frontières. Des interrogations portent sur la reprise des négociations israélo palestiniennes. «Je suis sceptique sur l'issue de cette nouvelle expérience. Nous avons du mal à voir par quel miracle ce qui a été impossible pendant 60 ans sera possible dans un contexte d'affaiblissement économique et militaire des Etats-Unis» avance Thierry de Montbrial.

L'Union européenne, un exemple à suivre


«L'Union européenne est une unité politique qui est en train de se faire et en dépit de ses difficultés de gouvernance est fondamentalement un immense succès» prône avec assurance le directeur général de l'Ifri.
Pour ce dernier la crise grecque n'aura finalement pas été vaine. «L'Union européenne a toujours progressé à travers les crises en mettant la charrue avant les bœufs. L'affaire de la crise grecque ne fait pas exception. Grâce à cet incident l'Europe commence à se doter d'instruments qui lui faisaient défaut».

L'Union européenne poursuivra son avancée et le directeur général de l'Ifri se risque à un pari audacieux. «Si nous essayons de nous projeter aux alentours de 2300, s'il n'y a pas eu d'accident majeur sur la planète d'ici là, je suis sûr que c'est le monde qui sera dans sa globalité une union européenne».

C'est la zone unique qui nous aura permis de franchir les obstacles que nous connaissons depuis plus d'une décennie sans trop de casse. Il n'y aura pas d'explosion de cette zone unique parce qu'il n'y a pas de bombe

Pour l'expert, ce que l'on fait en Europe mérite donc attention et respect. «L'Europe est un exemple à suivre».

Et pour ce qui est de la zone euro, qu'on arrête de fustiger la monnaie unique de tous les maux que nous traversons ! Et qu'on arrête également d'alimenter la peur en spéculant sur une éventuelle explosion de la zone. «C'est cette zone unique qui nous aura permis de franchir les obstacles que nous connaissons depuis plus d'une décennie sans trop de casse. Il n'y aura pas d'explosion parce qu'il n'y a pas de bombe.
La Grèce ne fera pas défaut. Tout au plus la dette grecque vaudra moins chère. Mais comme il n'y a pas de marché, il n'y aura pas d'achat possible de titres grecs décotés
» assure Jacques Mistral.

Et d'ajouter «je suis fondamentalement optimiste malgré la cacophonie que nous avons connue. La mécanique est en train de se mettre en place même si nous observons des rebondissements avec le cas irlandais.
La zone euro est la mieux gouverné dans le monde
».

La crise grecque aura même apporté sa pierre à l'édifice au niveau des Etats membres pris individuellement. Elle aura permis de réveiller les consciences. «Tout le monde a à présent la frousse, même les français. Il aura fallu la crise grecque et le spectre de la dégradation de la note souveraine pour que le gouvernement prenne à bras le corps le problème du déficit budgétaire» observe Philippe Moreau Defarges, chercheur à l'IFRI.


Imen Hazgui

Publié le 20 Septembre 2010