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La paix au Proche-Orient passera-t-elle par les émergents ?

La paix au Proche-Orient passera-t-elle par les émergents ?

(Easybourse.com) Les experts de l'IFRI dressent un tableau des enjeux des émergents. Le poids économique de plus en plus important de certains des ces pays, en premier lieu la Chine, les conduira à jouer un rôle de plus en plus influent sur la scène géopolitique internationale.

À lire dans ce dossier.

L'essor des pays émergents est aujourd'hui une évidence. Nombre de ces pays se sont érigés en véritable puissance mondiale ou sont en passe de l'être. A commencer par la Chine qui est devenue la deuxième puissance économique dans le monde mesurée par le PNB.

La poursuite de la croissance de l'économie chinoise parait inébranlable à court et moyen terme en raison de la prouesse dont font preuve les autorités politiques et monétaires dans la gouvernance du pays.

«Le leadership est extraordinairement habile et efficace» constate Thierry de Montbrial, directeur général de l'Ifri. «Je suis effectivement étonné par l'habilité des réponses des autorités» rétorque Jacques Mistral directeur des études économiques de l'Ifri.

On peut néanmoins se poser la question de savoir s'il n'y a pas «surperception» de ce point de vue de la puissance escomptée de l'Empire du milieu. Les difficultés et tensions qui résultent du processus de croissance ultra rapide sont nombreuses. Aussi, pour Thierry de Montbrial un accident de parcours n'est pas à exclure. «Si la Chine s'embourbe dans une crise économique ou financière ou les deux, alors des problèmes politiques verront jour».

Des arguments militent pour une certaine sérénité face à ce danger. La croissance économique du pays est longue et durable pour des raisons démographiques et géographiques. La sous estimation du yuan est justifiable. «La surévaluation du yen est à l'origine des difficultés que rencontre le Japon. C'est la raison pour laquelle la Chine craint de perdre la maitrise du yuan. Elle souhaite éviter un choc qui la conduirait dans une situation comparable à celle du Japon» atteste le directeur de l'IFRI.

«Il y a comme une sorte de miracle dans le pays qui fait que ce qui a toutes les raisons de ne pas fonctionner, fonctionne. De ce fait, je suis convaincu de la réalité d'une réorientation de l'économie chinoise. Dans les cercles de pouvoirs, cet intérêt d'emmener l'économie davantage vers le marché intérieur est de plus en plus palpable. Ce postulat posé en amont est repris par les régions. C'est le produit d'une inquiétude répandue sur les risques qui pèsent sur le monde occidental pour transformer la reprise vers un sentier de croissance durable, soutenable et équilibrée» considère Jacques Mistral.

Parmi les autres grandes puissances amorcées ou à venir, il y a l'Inde, le Brésil et la Turquie et non la Russie qui est mise dans une catégorie à part du fait de son histoire.
«L'Inde enregistre un taux de croissance remarquable, supérieur aux anticipations malgré son handicap résidant dans sa forte bureaucratie. En poids l'Inde pèse beaucoup moins que la Chine mais s'inscrit dans une trajectoire encourageante. Le souci de l'Inde est que pour le moment elle n'a pas choisi sa posture internationale, régionale ou globale et reste obnubilée par son conflit avec le Pakistan au Cachemire» développe Thierry de Montbrial.

Le Brésil et la Turquie sont des puissances moyennes en émergence qui se comportent de manière gaulliste et qui connaissent la croissance que nous avons connue pendant les 30 glorieuses.

Le bond en avant de ces puissances émergentes favorisé par la crise financière n'est absolument pas à négliger. «Le monde se caractérise par deux grands problèmes : le conflit indo pakistanais au Cachemire et l'affaire israélo palestinienne. Si l'on pouvait résoudre proprement ces deux grands problèmes, alors on aurait réduit en grande partie les problèmes du monde. Or, les occidentaux sont incapables de résoudre le problème israélo palestinien. Les handicaps sont trop importants. Nous sommes piégés par nos déformations judéo chrétiennes. A l'échelle d'une génération, il y a fort à parier que les puissances émergentes vont s'occuper de plus en plus du Moyen Orient. D'autant que les hydrocarbures de la région constituent un enjeu majeur qui n'intéresse pas seulement le monde occidental. Si les occidentaux restent enlisés, les solutions seront prises à leur détriment» met en garde le responsable de l'institut.

Pour ce dernier, la démarche du président brésilien Lula en Iran est un cas symptomatique. «C'est une énorme erreur de considérer ce fait comme un simple raté de la part des pays occidentaux. Nous ne sommes pas suffisamment conscients que nous ne sommes pas seuls dans le monde».
Imen Hazgui

Publié le 20 Septembre 2010