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Vers un renforcement du nationalisme brésilien…

Vers un renforcement du nationalisme brésilien…

(Easybourse.com) Protectionnisme et nationalisme sont les deux mamelles du Brésil. L'arrivée de Dilma Rousseff au pouvoir risque d'amplifier cette inquiétante tendance.

Ce nationalisme existe déjà à différents égards, mais la mauvaise conjoncture économique mondiale et le profil autoritariste de la nouvelle élue font craindre à certains experts un raffermissement d'une politique protectionniste privilégiant les acteurs et les produits nationaux aux acteurs et produits étrangers.

Un nationalisme déjà existant


Le Brésil ouvre grandes ses portes à l'investisseur étranger, se réforme, facilite les établissements, réduit les difficultés administratives, obtient des médailles de la part des agences de notation, des gages (jeux olympiques et coupe du Monde)….mais d'un autre coté, mène une politique d'incitation à ce que l'étranger devienne brésilien.

Certaines mesures soutenues ou nouvellement instaurées par le gouvernement contraignent les entreprises étrangères à se maintenir au Brésil et à s'y implanter, finalement, durablement.

Par exemple, les tarifs douaniers. Il y a au Brésil, une politique douanière très forte de sorte que beaucoup d'entreprises étrangères qui décident de travailler avec le Brésil sont contraintes de fabriquer localement, de prendre une main d'oeuvre sur place et d'acheter des produits brésiliens, donc d'apporter leur savoir faire et d'assembler au Brésil. De facto, la société étrangère devient brésilienne même avec des capitaux étrangers.

Les royalties perçus au Brésil ne peuvent être par ailleurs rapatriés en France qu'à hauteur de 1%

Les royalties perçus au Brésil ne peuvent être par ailleurs rapatriés en France qu'à hauteur de 1%. Cette politique, pourtant contraire aux pratiques internationales notamment prônées par l'OCDE, contraignent les filiales locales à réinvestir les 99% des recettes restantes dans l'économie brésilienne, à défaut de pouvoir les exporter.

Une société brésilienne détenue à majorité par des capitaux étrangers ne peut pas accéder à la propriété rurale au delà d'un certain nombre de milliers d'hectares. Et on vient de demander aux notaires brésiliens de déclarer obligatoirement tous les achats réalisés soit par des sociétés étrangères soit par des sociétés brésiliennes détenues à majorité par des capitaux étrangers.

«En juillet dernier, a été publié un décret loi concernant les marchés publics de fournitures de biens et de services d'après lequel les produits ou services nationaux pourront être préférés aux produits ou services étrangers même s'il existe un différentiel de prix allant jusqu'à 25%. S'il n'y a plus de distinction légale entre le capital national et le capital étranger, le texte instaure une différence entre les produits ou services qui sont fabriques ou réalisés au Brésil – par une entreprise qui pourrait être à 100% de capital étranger – et les produits ou services fabriqués ou réalisés à l'étranger» signale Charles-Henry Chenut, avocat associé au sein du cabinet franco-brésilien Chenut Oliveira Santiago.

Ces différentes illustrations traduisent, sous couvert d'une disposition à valeur

Ne venez pas grappiller le fruit brésilien sans vous asseoir à la table brésilienne

constitutionnelle de non discrimination du capital étranger, d'un nationalisme économique et d'une préférence nationale. Le message étant : «venez produire chez nous et vous aurez accès à mon marché. Ne venez pas grappiller le fruit brésilien sans vous asseoir à la table brésilienne. Venez participer à 2014, 2016, venez gagner de l'argent, mais restez au Brésil. Et si vous voulez repartir, ne venez pas».

Un nationalisme qui devrait se poursuivre…

Pour Dilma Rousseff, l'Etat doit avoir le rôle dominant dans l'économie du pays

Cette tendance nationaliste ne devrait pas s'interrompre avec Dilma bien au contraire. «Dilma se veut étatiste dans l'âme, «développementiste» même (courant du milieu des années 80 qui prônait la substitution de l'importation, le protectionnisme, des subventions de champions nationaux, un Etat fort qui montre la voie…). L'Etat doit avoir le rôle dominant dans l'économie du pays» commente Alfredo Valladao, professeur à Sciences Po Paris.

Elle veut ainsi par exemple, mettre les bouchées doubles pour faire arriver le haut débit à la majeure partie de la population à travers une entreprise d'Etat, la Telebras, qui a ainsi été ressuscitée de ses cendres après avoir été privatisée sous les gouvernement Cardoso. Ainsi, le développement du réseau public se fera parallèlement à la préexistence d'une multitude de réseaux privés.

Dans l'augmentation de capital de Petrobras, le géant pétrolier brésilien, 40 des 66 milliards ont été souscrits par l'Etat brésilien en contrepartie d'un quota de la part qui devra revenir à l'Etat dans la future production des nouveaux champs pétroliers découverts au large de la côte brésilienne (le « pré-sal »). Cette participation de l'Etat a une très forte implication. Ces nouveaux gisements pétroliers situés en mer profonde sont estimés dans une fourchette de 50 à 100 milliards de barils, un nouveau Koweït. La manne pétrolière qui sera à la disposition du pays sera alors colossale.

Actuellement une loi est discutée au Parlement en vue de réformer le secteur pétrolier pour réduire le rôle accordé aux investisseurs étrangers.

Daniel Solano, économiste spécialisé sur la région Amérique latine, se veut

Faire l'impasse ou ne pas faciliter l'investissement privé étranger serait une erreur qui se retournerait tôt ou tard contre le pays

rassurant face à cette poussée du nationalisme. Selon l'économiste, il n'y aura pas de solutions aux problèmes économiques du pays sans participation du secteur privé. Faire l'impasse ou ne pas faciliter l'investissement privé étranger serait une erreur qui se retournerait tôt ou tard contre le pays.

«De ce fait en raison de la sagesse dont a su faire preuve le gouvernement ces dernières années, je ne pense pas qu'il y aura un dérapage comme au Venezuela. L'expérience montre que par le passé que des règles avaient été adopté pour privilégier les acteurs ou produits nationaux. Lorsqu'on s'est aperçu qu'il n'y avait pas de tissu local capable d'appliquer ces règles, elles ont été abandonnées; Il y a un discours et il y a une réalité».

Au demeurant compte tenu de la taille du marché, de la richesse des ressources, les investisseurs étrangers continueront à trouver pleinement leur place. Dans le pétrole, par exemple, une société française comme Technip est devenu un fournisseur incontournable de Pétrobras.
Imen Hazgui

Publié le 04 Octobre 2010