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Obama, une débâcle annoncée en 2010, une réélection à prévoir en 2012

Obama, une débâcle annoncée en 2010, une réélection à prévoir en 2012

(Easybourse.com) Le 2 novembre prochain auront lieu les élections législatives aux Etats-Unis. Des parlementaires au Sénat et à la Chambre des représentants devront être remplacés. Le parti du président Obama, autrement dit le parti démocrate, est attendu perdant. Pourquoi ? Quelles pourraient en être les conséquences ? Voici quelques éléments de réponse.

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Selon les récents sondages les républicains devancent encore les démocrates 53 % à 42 % pour la Chambre des représentants. Pourtant selon le sondage publié par la chaine de télévision CBS, le 19 octobre, la cote de popularité de Barack Obama reste très forte : 82% d'opinions favorables parmi ses électeurs de 2008.

Un décalage important existe donc entre la popularité du Président, et les perspectives d'une débâcle aux élections de mi-mandat.

Les réalisations d'Obama depuis son élection ont pourtant été significatives. On compte notamment à son actif le plan de relance sans lequel l'économie mondiale serait sans doute tombée dans une forte dépression, une réforme du système de santé, et une réforme de la régulation du secteur financier. «Sur les 25 promesses les plus importantes, 20 ont soit été tenues ou sont en passe de l'être» signale Pierre Melandri, professeur d'histoire américaine à Sciences-Po.

En réalité, les votes à ces élections seront davantage des votes sanctions que des votes d'adhésion. La sanction de certaines maladresses, de certaines erreurs, et de certaines incompréhensions des citoyens engendrées par la pire crise financière jamais connue depuis 1929.

Un soupçon de maladresse, quelques erreurs et … la plus importante crise financière d'après guerre

Quelques maladresses

«On ne peut que constater l'extraordinaire contraste entre la campagne présidentielle et la communication pendant la présidence» observe Pierre Melandri. Des échecs frustrants ont pu être relevés à l'occasion des attaques faites sur la citoyenneté, la religion, ou encore l'absence de fermeté en politique étrangère, alors que «c'est le premier président démocrate en 40 ans à déployer d'importantes troupes sur une zone de guerre».
La communication s'est également révélée être un échec selon le professeur au niveau du plan de relance. «Alors que les économistes se sont accordés à dire que ce plan était tout à fait honorable, avec des résultats positifs, les américains pour une très grande majorité d'entre eux pensent que l'impact de ce plan a été nul».

Les choix de personnel ont également été délicats. «Après avoir annoncé que l'on allait innover, on s'est essentiellement tourné vers d'anciens membres de l'administration Clinton. Pas un seul chef d'entreprise n'a été intégré dans l'administration. De sorte que de mauvaises langues ont dit : «change we can believe in» est devenu «change we have successfully tried before» explique Pierre Melandri.
L'administration a par ailleurs affiché un manque de réceptivité aux avis extérieurs traduits par des plaintes de Joseph Stiglitz, Warren Buffet, ou Paul Volker.

Au-delà, le style du président semble avoir posé un problème. «S'il manifeste une certaine compétence, Obama dégage une certaine froideur, une indifférence» admet Mr Melandri. Sa lenteur de réaction dans l'affaire BP a été l'occasion pour les républicains de vives critiques. Robert Gibbs, le porte-parole de la Maison Blanche a dû signaler qu'il arrivait au président de temps à autres à manifester une émotion. Pour Pierre Melandri, «Obama a oublié que si la logique pouvait convaincre, seule l'émotion pouvait mobiliser».

D'autres maladresses ont pu être relevées dans la conduite de la politique menée par Obama. Ce dernier n'a pas su avoir de vision d'ensemble susceptible de donner une logique interne et convaincante aux différentes mesures qui ont été adoptées. Ses efforts pour s'assurer la coopération des républicains l'ont handicapé au niveau du plan de relance, au niveau de la réforme de la santé avec les problèmes de l'avortement, de l'immigration illégale, et celle des personnes âgées.
Qui plus est le président américain a affiché un certain flottement dans son positionnement vis-à-vis du monde de la finance. «L'administration d'Obama a été longtemps perçue par l'opinion comme proche de Wall Street. Le président s'est ensuite prévalu par sa réforme sur la régulation du secteur financier de ne pas être l'ami des puissants. C'est ainsi qu'auparavant Wall Street donnait 70% de sa contribution à Obama, à présent c'est le parti républicain qui reçoit ces 70%» commente Pierre Melandri.

Des erreurs

«Par son élection, Obama pensait que l'heure était venue pour les Etats Unis de connaitre de profonds changements et de restaurer un Etat activiste capable d'engendrer un capitalisme combinant une croissance et une redistribution plus équitable des richesses» avance Pierre Mr Melandri.
Ce fut là une grande erreur d'appréciation aux dires de Stu Haugen, ancien président de "Republicans Abroad France". «La perte annoncée des élections de mi-mandat n'est pas le résultat d'une mauvaise communication, mais d'une politique ratée. Obama pourra communiquer encore et encore ce n'est pas le problème, et même vaudrait il mieux qu'il communique moins car il parle trop et il ne dit rien. L'administration Obama a pensé avoir été élue pour opérer des changements énormes dans la base de l'idéologie américaine. Ce n'est pas le cas. L'administration Obama a été élue parce que ce n'était pas l'administration Bush. Le pays avait besoin de changement, mais pas de changement d'envergure».

Pour ce dernier nous ne pouvons en aucun cas assimiler ce qui a été entrepris dans le domaine de la santé à une réforme. «Nous n'avons pas assisté à une réforme de la santé mais à une extension des dépenses en rajoutant dans le système 35 millions de personnes. Le problème du financement de ces dépenses n'a pas du tout été réglé. C'est toujours le système assurantiel qui domine».
Les choses sont claires pour ce républicain, c'est l'interventionnisme de l'Etat dans les affaires du pays qui pose problème. «Ici en France, la population se bat pour se libérer des jougs du gouvernement et avoir un peu de bouffée d'oxygène. Obama est en train de faire apparaitre aux Etats-Unis ce que l'on veut faire disparaitre en France. C'est pourquoi la déception est énorme». C'est sans doute ce qui explique depuis 2009 l'ascension impressionnante et le coup de marketing politique incroyable du le Tea party, un groupe politique constitué à la marge du parti républicain dont le slogan est ?moins d'impôt, moins de gouvernement, plus de liberté'.

La crise financière

La tache du Président a sans doute été rendue beaucoup plus ardue par la crise financière. «Obama a ainsi peut être été élu avec trop d'espoir, des espoirs qui rétrospectivement étaient irréalistes» confesse Frederick T. Davis, avocat américain aux barreaux de Paris et New York, membre du Conseil d'administration de French-American Foundation France.
Le cœur du problème de l'économie américaine est l'emploi. «Dans l'histoire des Etats-Unis, il y a un lien quasi absolu entre le taux de chômage et le parti du président» indique Frederick T. Davis. Or, il n'y a pas eu d'emplois créés aux Etats-Unis depuis un an et demi. La durée médiane du chômage dans le pays a dépassé les six mois. Le taux de chômage est d'environ 10%. Le taux de sous emploi (qui regroupe les personnes qui travaillent à temps partiel de manière non volontaire ou les personnes découragées à trouver un emploi) se situe entre 17 et 20%. Et ce taux semble se stabiliser à ce niveau élevé. «Le contrat social américain selon lequel il suffit de déménager pour retrouver du travail dans le pays est rompu. De multiples propriétaires ont une maison dont la valeur est moindre que la dette empruntée. Ces propriétaires seraient amenés à devoir régler le seuil entre la valeur basse de la maison et la valeur haute de l'emprunt. Chose qu'il ne sont pas en mesure de faire» met en avant Hugues Rialan, directeur de la Gestion sous Mandat de la banque Robeco.

Ainsi, pour Pierre Melandri, Obama n'a pas pu empêché deux de ses principaux slogans d'être pulvérisés : make work day?, et the question is not whether the governement is too big or too small but whether it works?.

La conviction actuelle des américains est par conséquent que l'Etat ne fonctionne pas bien. «En 1997, 50% des américains jugeaient que l'impact de l'action de l'Etat était positif, ils ne sont plus que 38% aujourd'hui» déclare Monsieur Melandri.

Ce problème de l'emploi a été accentué par un sentiment d'injustice né des réformes entreprises par le président pour enrayer la crise financière et sauver le système financier américain. «Le fait que l'Etat vienne en aide à des acteurs qui avaient bafoué les règles -General Motors, les banques, les propriétaires déraisonnables qui avaient acheté des maisons dont la valeur était largement supérieure à leur pouvoir d'achat-ont renforcé les inquiétudes face à une augmentation vertigineuse du déficit qui était déjà énorme et intensifié la colère d'une grande majorité des américains qui avait l'impression d'avoir devant eux un Etat géré au service des plus puissants. Sur la régulation financière 2500 des 11000 lobbyistes en poste ont travaillé sur la réforme entreprise» déclare Pierre Melandri.

Imen Hazgui

Publié le 22 Octobre 2010