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Prix du coton : la tendance haussière devrait se poursuivre à court terme

Prix du coton : la tendance haussière devrait se poursuivre à court terme

(Easybourse.com) De mars 2009 à septembre 2010, le prix du coton a doublé. Cette tendance haussière ne devrait pas se relâcher dans les années à venir. Le coton deviendrait-il un produit de luxe ?

Embarqués dans une hausse depuis le mois de mars 2009, les prix du coton à New York ont été multipliés par près de 1,5 fois sur un an, passant de 62,44 cents la livre à la mi-septembre 2009 à 92,85 cents la livre à la même période cette année. Vendredi 15 octobre à New York, le contrat pour livraison en décembre est monté jusqu'à 1,1980 dollar la livre de coton, dépassant son précédent record datant d'avril 1995. Avec la crise économique entamée en 2008, les cours du coton avaient baissé avec la diminution de la demande des consommateurs. Certains producteurs avaient alors choisi de se tourner vers des cultures plus rémunératrices comme le soja ou le maïs. De plus, le coton fait partie des cultures dont les coûts de production sont élevés par rapport à ce qu'il rapporte aux cultivateurs des exploitations cotonnières.

Entre pénurie et exportations limitées, les prix du coton flambent

La plus récente des causes est à chercher du côté de la Chine et du Pakistan, qui sont tous deux de grands producteurs de coton, et ont souffert d'importantes inondations lors des mois de juillet et août en 2010, ou au Brésil qui a subi d'importantes sécheresses. Ces inondations ont détruit toute une partie de la production cotonnière de ces pays. Les cinq principaux pays producteurs de coton dans le monde sont la Chine, l'Inde, les Etats-Unis, le Pakistan et le Brésil, qui représentent pas moins de 80% de la production mondiale. La Chine est aussi le plus grand consommateur de coton, ce qui conduit à une situation de préemption des Chinois sur la matière première et appuie la hausse des prix. Actuellement, la forte demande en coton venant d'Asie, pèse sur les cours du coton, alors que les stocks sont bas. En effet, en septembre 2010, la Chine a doublé ses importations de coton par rapport à 2009. «La hausse du coton s'explique par la baisse de la production mondiale mais aussi par la croissance du marché domestique chinois. Il faut donc une augmentation de la production de coton, ce qui devrait être possible notamment

L'augmentation de la production de coton devrait être possible notamment grâce au Brésil

au Brésil qui a une grande capacité de production
», explique Hubert du Potet, délégué général de l'UIT (Union des industries textiles) Coton-Laine.

Pour faire face à la pénurie de coton, certains pays comme l'Inde ou le Pakistan, producteurs et consommateurs de coton, ont décidé de limiter leurs exportations de coton pour soutenir le secteur de l'habillement local. En Inde, la mesure a été mise en place le 19 avril dernier. Le Pakistan a demandé aux Etats-Unis et à l'Union européenne de réduire leurs droits de douane pour les exportations de textile pakistanais, voire à les annuler. Le 13 octobre dernier, l'Ouzbékistan, qui se classe parmi les cinq premiers producteurs mondiaux de coton, a indiqué qu'il va réduire de 15% ses exportations de fibres de coton cette année. Ce pays pourrait aussi diminuer ses exportations de coton brut, étant donné qu'il prévoit d'augmenter significativement le traitement du coton brut dans son pays d'ici à 2015. L'Ouzbékistan produit environ 3,5 millions de tonnes de coton brut par an et 1,2 million de tonnes de fibre de coton.

Une surface de culture limitée pour le coton

Pour les industriels européens du textile, le repli de l'euro par rapport au dollar de juin à septembre a poussé à la hausse le coût des produits importés. L'actuel repli du dollar face à la monnaie unique offre une nouvelle bouffée d'oxygène pour les importateurs européens de coton. La hausse de l'euro peut permettre de compenser en partie les effets de la hausse des prix du coton qui se négocient en dollars. Le problème reste qu'il est difficile de savoir si l'euro va se maintenir à la hausse.

«La culture du coton revient cher et l'âge moyen des cultivateurs de coton oscille entre 60 et 70 ans».


La surface de culture de coton dans le monde n'a cessé de diminuer ces dernières années. A mesure que les prix de la fibre blanche baissaient, sa culture devenait de moins en moins rentable compte tenu du coût de production élevé (en termes d'irrigation notamment). «La culture du coton revient cher et l'âge moyen des cultivateurs de coton oscille entre 60 et 70 ans, ce qui indique que les jeunes agriculteurs ne sont pas attirés vers le coton», constate Günter Tschiderer, gérant Commodities chez BNP Paribas Investment Partners.

Prévisions pour la campagne 2010-2011

«Cette forte hausse des prix du coton peut encore continuer à court terme (2-3 mois), voire jusqu'en mars 2011. A ce moment-là, les producteurs américains vont annoncer les nouvelles prévisions des plantations, ce qui pourrait entraîner une chute de 15% à 20% des prix du coton», selon Günter Tschiderer. «La campagne 2010-2011 devrait atténuer la pénurie de coton, mais la tendance devrait rester haussière sur les 2 ou 3 prochaines années. Le contrat pour livraison décembre a atteint 127 cents et devrait redescendre et rester autour de 100 cents», a-t-il ajouté. Benoît Hacot, président d'Eurocoton (comité des industries du coton et fibres connexes de l'Union européenne), s'attend également à ce que la tendance des prix du coton reste haussière en 2011.

Pour la campagne 2010-2011, la situation devrait s'améliorer pour la filière cotonnière, selon le Comité consultatif international du coton (ICAC). La situation est tendue pour la campagne 2009-2010, car le niveau des stocks est très bas du fait d'une reprise de la demande et d'une production perturbée par les conditions climatiques. Mais c'est aussi la conséquence des prix du coton restés bas pendant plusieurs années, ce qui a poussé de nombreux agriculteurs à se tourner vers des cultures plus rentables.

Le rapport mensuel du département américain de l'Agriculture (USDA) rendu public au début du mois d'octobre, a constaté la faiblesse de l'offre mondiale de coton face à une demande qui s'accroît. L'estimation de la consommation mondiale pour la campagne agricole actuelle (2010-2011) est relevée à 120,8 millions de balles de coton, contre 120,5 millions précédemment, et celle de production mondiale est abaissée à 116,7 millions de balles, contre 117 millions auparavant. La prévision de stock mondiale en fin de campagne a été revue à la baisse à 44,7 millions de balles, contre 45,4 millions. La pression sur les prix du coton ne devrait pas significativement retomber en 2011, du moins sur la première partie de l'année.

C.L.

Publié le 08 Novembre 2010