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Hausse du coton : le jean va-t-il devenir un produit de luxe ?

Hausse du coton : le jean va-t-il devenir un produit de luxe ?

(Easybourse.com) Jusqu'à présent, la hausse du prix du coton ne semble pas avoir eu d'impact pour le consommateur dans l'habillement. Toutefois, à terme, une augmentation des prix des vêtements semble inévitable.

A la mi-septembre, la plupart des acteurs de l'industrie textile avaient indiqué qu'ils tenaient à éviter une hausse des prix des vêtements pour le consommateur final, malgré l'envolée des prix du coton de ces derniers mois. Cette pression haussière ne s'est pas relâchée depuis, bien au contraire. Après des annonces officielles de hausse des prix d'enseignes comme H&M ou Levi's, les acteurs de la filière s'accordent à dire que cette augmentation sur les étiquettes est devenue inévitable. Ce phénomène pourrait s'étendre à d'autres distributeurs de vêtements, à mesure que la pression sur les prix du coton se prolongera dans le temps. Le coût des matières premières représente en moyenne de 15% à 20% du prix d'un produit fini. Par exemple : autour de 10% pour un T-shirt, de 20% pour un jean basique, indique Lucien Deveaux de l'UIT (Union des industries textiles). Ce coût se limite à environ 5% pour un vêtement haut de gamme, mais devient plus significatif pour un vêtement bon marché.

«Pour l'instant, nous ne constatons pas de hausse des prix des vêtements pour le consommateur final. Mais, cela pourrait être le cas prochainement d'ici quelques mois, étant donné que la hausse des prix du coton devrait perdurer. Désormais, une hausse des prix paraît inévitable et les annonces devraient se multiplier parmi les marques de vêtements», estime François-Marie Grau, délégué général adjoint de l'Union française des industries de l'habillement (UFIH). «Une augmentation des prix pour le consommateur final me semble inévitable», a aussi indiqué Benoît Hacot, président d'Eurocoton (comité des industries du coton et fibres connexes de l'Union européenne). Au premier semestre 2010, le prix des fibres naturelles importées venant notamment des Etats-Unis et de la Chine a grimpé de plus de 50% par rapport à la même période de 2009, tandis que les prix des vêtements n'ont progressé que de 1,3% sur un an, selon les données de l'Insee. Cet écart illustre le fait que les intermédiaires absorbent une partie importante des coûts supplémentaires.

Cette forte augmentation des prix du coton soulève la question de la répartition de cette hausse sur l'ensemble de la chaîne allant du producteur de coton en passant par le client pour aller au distributeur et pour finir chez le consommateur. Cette situation annonce des négociations commerciales qui pourraient s'avérer délicates entre les producteurs et les distributeurs. L'UIT prône la nécessité d'une répartition équitable de la hausse du coton dans la filière (producteurs, distributeurs, consommateurs). L'UIT demande notamment aux autorités des pays membres de l'Union européenne de prendre en compte la hausse des prix du coton dans la négociation des marchés publics. Pour l'instant ce sont surtout les différents acteurs de la chaîne industrielle (filature, tissage, fabrication du vêtement) qui rognent sur leurs marges, tandis que d'autres ajustent leurs prix progressivement.

Un consommateur de plus en plus exigeant

Une grande partie des consommateurs exige de la part des industries textiles des tarifs compétitifs. Après l'important mouvement de déstockage en 2009 lié à la crise, la consommation est repartie progressivement en France depuis le début de 2010. Du fait de la pénurie en coton, il y a parfois des situations de rupture de stocks. Depuis le 20 septembre et le début des grèves, la consommation de vêtements a connu un net ralentissement. Les grèves ont eu un impact sur le déplacement des consommateurs mais surtout sur l'approvisionnement des magasins, constate François-Marie Grau. Aujourd'hui, une enseigne de vêtements propose six à huit collections par an au lieu de deux comme auparavant. «L'exigence du consommateur pousse les enseignes à réactualiser leurs collections en permanence», observe-t-il.

François-Marie Grau s'attend à ce que 2010 soit une année neutre, après une baisse de 3,7% de la consommation de textile en France en 2009.

A terme, le coton pourrait devenir un produit de luxe

La mondialisation de l'industrie cotonnière implique que la problématique de la hausse des prix du coton est mondiale. A l'occasion d'un congrès de l'ITMF (International Textile Manufacturers Federation) à Sao Paulo les 17-19 octobre 2010, «il s'est dégagé un consensus parmi les industriels de tous les pays pour faire pression sur les distributeurs afin que ces derniers augmentent leurs prix. Le fait nouveau vient de l'Asie qui a également rejoint cette position», a noté Hubert du Potet, délégué général de l'UIT Coton-Laine. Les industries textiles européennes ou américaines doivent faire face à une concurrence accrue de la part des pays émergents, tandis que les prix des distributeurs restent contraignants.

La diminution de la surface de coton cultivée dans le monde face à une demande croissante notamment en provenance de pays comme la Chine ou l'Inde pourrait à terme faire du coton un produit de luxe. Le coût relativement élevé de la production de la fibre blanche par rapport à d'autres cultures comme le maïs ou le blé n'encourage pas les jeunes générations à s'orienter vers la culture cotonnière. «Le coton est en concurrence avec d'autres matières premières tels que le blé ou le maïs pour ce qui est de l'utilisation des sols cultivables», rappelle Benoît Hacot.

Dans le scénario d'un maintien durable de la pression sur les prix du coton, certains acteurs du secteur textile pourraient se tourner vers d'autres types de matériaux de base, notamment des fibres synthétiques. «A terme, le coton pourrait devenir un produit de luxe. Actuellement, le coton représente 36% du volume des fibres utilisées dans le textile, contre 60% auparavant», souligne Benoît Hacot, également directeur général de Hacot Colombier spécialisé dans le linge de lit et de maison. Néanmoins, il ne s'attend pas à ce que la hausse du prix des produits finis dans le linge de lit et de maison n'affecte véritablement les ventes. Reste à savoir s'il en sera de même dans le cas des vêtements.

Claire Lavarenne

Publié le 08 Novembre 2010