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CAC 40: les raisons d'une année de plomb

CAC 40: les raisons d'une année de plomb

(Easybourse.com) La performance de l'indice parisien a été très décevante notamment au regard des trajectoires de ses cousines germaniques et britanniques. La conjoncture macroéconomique en dent de scie n'explique pas tout...

À lire dans ce dossier.

Mauvais cru pour le Cac 40. Quelques heures après la clôture de l’année boursière, l’indice de Paris affiche une perte annuelle de 3,34%. Rien d’étonnant pour une année marquée par le revirement des politiques économiques des pays européens. Sous la pression des marchés, dont les inquiétudes se sont cristallisées en Grèce, les capitales européennes sont passées de politiques de relance vers d’abruptes politiques de rigueur. Autre déception, l’année 2010 devait être celle de la reprise durable, or celle-ci semble s’être essoufflée durant l’été. La question se posait alors de savoir si le continent ne se dirigeait pas tout droit vers une rechute, le fameux scénario en W, ou pire, un scénario en L, c’est-à-dire la stagnation à la mode japonaise. Ce n’est qu’en fin d’année que les indicateurs semblent confirmer que la reprise est bien là… du moins aux Etats-Unis. De tout cela, la pression a été grande sur les investisseurs qui ont boudé les marchés financiers : incertitudes, manque de

Le Dax est un cas d’école parce qu’il comporte beaucoup de valeurs exportatrices, et très peu de banques

visibilité, brouillage des politiques économiques… Rien de très étonnant.

Londres sauvé par les minières

Plus surprenant est le différentiel entre les évolutions des autres places européennes. Le Dax et le Footsie, dont on compare souvent les performances avec le Cac, ont affiché d’insolentes progressions sur un an. L’indice de la Bourse de Francfort est monté de 16% sur l’année, tandis que l’indice londonien a pris 9%. Deux places qui ont pourtant traversé les mêmes secousses que Paris, et menacées par les mêmes écueils. Concédons que le Royaume-Uni a vu son économie soutenue par une politique monétaire plutôt laxiste, tandis que la zone euro a évolué dans un cadre monétaire certes «accommodant» (dixit Jean-Claude Trichet), mais néanmoins plus rigoureux. «Le Footsie a été tiré par les grands producteurs de matières premières qui ont choisi d’être cotés à Londres comme Rio Tinto, BHP Biliton» explique Alexandre Hezez, de chez Convictions Asset Management. «Par ailleurs, la purge sur le secteur bancaire avait déjà été faite, ce qui a soulagé le Footsie» ajoute-t-il. Pour Alexandre Hézé, c’est moins la macroéconomie qui a pesé sur l’indice parisien, que sa forte pondération par les valeurs bancaires. «Le Dax est un cas d’école parce qu’il comporte beaucoup de valeurs exportatrices, et très peu de banques. Par ailleurs, le secteur bancaire allemand est très peu coté notamment les banques régionales» observe-t-il. Dans le cas français, le secteur bancaire pèse entre 15 et 20% de l’indice. L’analyste précise que la problématique du secteur ne se pose pas en terme de performances financières, mais davantage en termes de «risques perçus».

Le retour du risque systémique


Pour Alexandre Hezez, le grand changement survenu avec la crise européenne est le repositionnement des stratégies d’investissement sur des dynamiques régionales. «Auparavant, les investisseurs fonctionnaient davantage sur des dynamiques sectorielles, mais avec la crise, les marchés ont appris à distinguer les différents pays et leurs spécificités internes» explique-t-il. On en revient alors à la problématique macroéconomique où le risque de restructuration des dettes fait courir un risque pour les établissements bancaires. Or en Europe, le risque bancaire est un jeu de domino sans distinction de nationalités.
Nabil Bourassi

Publié le 31 Décembre 2010