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Les Etats-Unis menacés par leur marché immobilier jusqu'en 2013

Les Etats-Unis menacés par leur marché immobilier jusqu'en 2013

(Easybourse.com) Si la conjoncture américaine redémarrage, pour autant les déséquilibres ne sont pas purgés. Les problèmes de fond n'ont pas été réglés. De nombreux risques peuvent faire encore pencher la balance dans l'autre sens.

Si la croissance se veut robuste cette année, pour autant, elle peut décevoir. Les Etats-Unis restent le principal consommateur de pétrole. Les événements géopolitiques ont eu pour conséquence une forte remontée du prix du baril qui

Une explosion des prix du baril impacterait la consommation américaine encore très fragile et amènerait à une baisse des perspectives des profits des entreprises

a dépassé les 100 dollars. S’il y avait une explosion des prix du baril, cela impacterait la consommation américaine encore très fragile et amènerait à une baisse des perspectives des profits des entreprises. «La consommation de pétrole est plus importante aux Etats-Unis qu’en Europe. De plus, il y a une fiscalité beaucoup plus légère sur les carburants, la sensibilité de la hausse ou de la baisse des prix du carburant pour les ménages américains est plus forte. Nous sommes protégés en France par les taxes TIPP sur les produits pétroliers qui représentent 80 à 85% du prix à la pompe» commente Yves Maillot, directeur des investissements et de la gestion actions de Robeco Gestion.

Par ailleurs, le marché américain est très compétitif avec d’autres marchés et de ce fait les entreprises ont plus tendance à réduire leur marge qu’à impacter directement sur leurs prix de vente. Au final les 15% de bénéfices escomptés pourrait ne pas avoir lieu.

Au-delà, la composante « emploi » pourrait également être source de déception. Anticiper un taux de chômage à 8% ne suffit pas. Beaucoup de travailleurs aux Etats-Unis ne vont plus s’inscrire au chômage. Nous serions en réalité sur un taux bien plus élevé que 9%. Un chiffre de 17% est avancé. «Et pour l’instant les créations d’emplois pour une phase de reprise économique sont très inférieures à ce que l’on peut connaitre dans des cycles normaux» remarque Yves Maillot.

Un autre point préoccupant pourrait être l’augmentation des taux américains. La problématique est connue du marché. Nous avons affaire à des pays émergents qui n’ont quasiment pas de problème de dette. Nous avons une

 Un autre point préoccupant pourrait être l’augmentation des taux américains

zone euro qui a fait des efforts significatifs pour améliorer l’état de ses finances publiques. Il reste des zones d’ombre en Espagne, au Portugal et il y aura probablement encore des chocs, des zones de stress, mais à la fin on est train de mettre en place un système qui devrait fonctionner. "Ce qu’a fait la Grèce est digne de ce qu’on a demandé à des pays émergents dans les années 90 en Asie. Les changements structurels sont importants" commente Cyriaque Dailland, .

De l’autre côté, les Etats-Unis ont un endettement de plus de 10% du PIB. «On a l’impression qu’Obama n’est pas en train de régler le problème. Il continue à mettre en place des aides. In fine l’endettement américain ne baisse pas. Si le marché commence à penser que les Etats-Unis ne seront pas en mesure de prendre les choses en main, on n’est pas à l’abri d’une hausse des taux incontrôlable» signale Cyriaque Dailland, analyste gérant au sein de Convictions AM.

On a d’ailleurs pu observer que malgré son quantitative easing, les taux longs ont augmenté. Ils sont actuellement à 3,44. Le seuil fatidique à ne pas dépasser est de 4%. «Il faut que les taux restent en dessous de 4% pour que la construction de la croissance américaine reste stable. Des taux longs au dessus de 4%, alors qu’il y a une volonté affichée de maintenir les taux bas, enlèverait de la crédibilité à l’action de la Fed. On risquerait d’avoir une défiance contre la légitimité de la banque centrale américaine» met en garde Cyriaque Dailland

Les agences de notation américaines ont dernièrement annoncé maintenir la notation triple A des Etats-Unis mais sous condition. Or, le principal facteur qui pourrait expliquer une dégradation de la note serait une hausse des taux américains. «Nous aurions un effet autoréalisateur. Si les Etats-Unis sont obligés de s’endetter à un niveau élevé pour financer leur déficit, il y aurait un effet boule de neige» souligne Cyriaque Dailland.

Un des points à surveiller sera la reconduite du paquet fiscal en 2012

Un des points à surveiller sera la reconduite du paquet fiscal en 2012 qui dépendra beaucoup de la vigueur de la croissance. «Les Etats-Unis ne sont pas un pays qui aime structurellement être endetté. S’ils avaient le choix, ils opteraient pour un désendettement massif. Si la croissance n’est pas au rendez-vous, il est possible que les autorités du pays aillent la chercher à tout prix, même à celui de creuser davantage le déficit».

D’autres signaux d’alarme


Depuis le début de l’année, deux signaux d’alarme ont été tirés. Le premier intéresse le marché de l’immobilier avec notamment la problématique des saisies immobilières. Le second concerne les difficultés rencontrées dans le segment des obligations municipales américaines.

S’agissant de l’immobilier, il y a lieu de distinguer l’immobilier commercial et l’immobilier résidentiel, estime Cyriaque Daillant. «L’immobilier commercial est en phase de stabilisation, et en train de se reprendre légèrement. S’agissant de l’immobilier résidentiel, nous pensons avoir atteint un plancher. Il y aura probablement encore des remous en raison des saisies. S’il y a de la

La reprise réelle du marché immobilier pourrait avoir lieu fin 2012, 2013

croissance aux Etats-Unis, l’immobilier résidentiel redémarrera. Les nouvelles constructions semblent repartir.
Il y a tout un stock de maisons qui est en train de disparaitre. Typiquement, beaucoup de maisons ont été construites en bois, ont été délaissées, et ne sont plus en état d’être habitées. Nous pensons que la reprise réelle du marché immobilier pourrait avoir lieu fin 2012, 2013
».

Pour ce qui est du problème lié aux obligations municipales américaines, l’alerte a tout d’abord été donnée dans le cadre d’une enquête de Reuters en

Le CEO de Moody’s a récemment donné l'alerte sur les obligations municipales américaines

date du 13 février puis par le CEO de Moody’s à l’occasion d’une interview accordée au Financial Times le 20 février. Selon ce dernier, des défauts sont attendus et un risque systémique n’est pas à exclure si les investisseurs venaient être pris de panique. Nous serions face à une nouvelle épée de Damoclès
Les intervenants sur le marché se veulent cependant moins inquiets. «Je ne pense pas que les difficultés rencontrées sur ces obligations pourraient conduire à un risque systémique. D’une part, la valeur de ces instruments a plutôt eu tendance à remonter depuis janvier. Pimco qui est un des gérants historiques sur ce compartiment continue d’être positif en raison des opportunités existantes.
Ensuite, nous sommes d’avis qu’une crise prévue arrive rarement. Ce compartiment est très surveillé. Les leçons ont été tirées de la crise des subprimes. S’il y a vraiment un problème, l’Etat fédéral n’hésitera pas à intervenir, pour apporter sa garantie et permettre d’assainir la situation
».

Imen Hazgui

Publié le 24 Février 2011

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